[Autochtones-cop21] #Shutdowncanada - « D’un océan à l’autre » - La lutte des Wet’suwet’en et les blocages ferroviaires au Canada

Silvanu silvanu at samizdat.net
Jeu 20 Fév 19:14:28 CET 2020


#Shutdowncanada - « D’un océan à l’autre » - La lutte des Wet’suwet’en 
et les blocages ferroviaires au Canada 
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publié par CSIA-Nitassinan <http://www.csia-nitassinan.org/spip.php?auteur2>

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*« D’un océan à l’autre »*

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*La lutte des Wet’suwet’en et les blocages ferroviaires au Canada
#Shutdowncanada*

/17 février 2020/

/Depuis 10 jours les blocages des infrastructures de transports du 
« Canada » s’additionnent et s’intensifient pour répondre à l’appel à la 
solidarité lancé par les Wet’suwet’en du camp Unist’ot’en, envahi par la 
Gendarmerie Royale du Canada (GRC) la semaine dernière. La compagnie de 
chemin de fer Canadien National (CN) annonçait jeudi la fermeture de la 
portion Est de son réseau de distribution de marchandises et de 
l’entièreté du réseau Via Rail qui assure le transport des passagers./

//

/[Cet article est une version allongée de « “D’un océan à l’autre” : Les 
blocages de trains, le colonialisme et l’histoire des chemins de fer 
canadiens », paru le 15 février sur contrepoints.media]/

Différents acteurs économiques sonnent l’alarme : pénurie de propane, 
ralentissement de l’économie canadienne, passagers voyageant par train 
dans l’impossibilité de rentrer à la maison et menaces de mises à pied 
sont agités en l’air tels des drapeaux de détresse. Des millions de 
dollars auraient déjà été perdus par les entreprises qui dépendent du 
transport ferroviaire et on prévoit des pénuries et des pertes de 
marchandises dans plusieurs domaines. Alors que le président de la 
Chambre de commerce du Canada affirme qu’un blocage du réseau 
ferroviaire de cette ampleur représente une urgence pour l’économie 
canadienne, le premier ministre appelle les manifestants à « respecter 
les lois canadiennes » et les demandes et menaces d’injonction 
s’accumulent contre les blocages en cours.

*Les Wet’suwet’en et le Coastal GasLink*

Dans les dernières années de nombreuses compagnies pétrolières et 
gazières (Transcanada, Enbridge, Pacific Trails) ont tenté tant bien que 
mal de construire des pipelines sur le territoire traditionnel 
Wet’suwet’en, situé environ à 700km au nord de la ville de Vancouver 
(Colombie-Britannique), et ce, sans le consentement des chefs 
héréditaires. Les chefs héréditaires s’opposent ainsi aux accords donnés 
par les Conseils de bandes, institutions politiques imposées aux 
Premières nations par le Gouvernement canadien. C’est sur le territoire 
traditionnel Unist’ot’en, territoire jamais cédé faut-il le rappeler, le 
long du tracé projeté du pipeline Coastal Gaslink que différents camps, 
points d’accès et centres communautaires, ont été érigés (Unist’ot’en 
Camp) pour empêcher la construction de « tous les pipelines » et pour 
défendre les territoires Wet’suwet’en, les modes de vie traditionnels et 
les générations à venir.

Les travaux du dernier pipeline en lice, Coastal Gaslink (qui représente 
un investissement de 6 milliards — ce qui en fait le projet du genre le 
plus coûteux de l’histoire canadienne) sont pour le moment mis en échec 
par les protecteurs Wet’suwet’en et leurs alliés. L’occupation du 
territoire par le camp Unist’ot’en réaffirme la souveraineté 
Wet’suwet’en et limite l’entrée aux différents représentants de la 
compagnie sur le site.

En janvier 2019, la cour provinciale a délivré une injonction visant à 
donner accès à la compagnie au site afin de mener à bien la construction 
du pipeline CGL. Celle-ci a été suivie par la mise sur pied du point 
d’accès Gidimt’en Yintah, au kilomètre 44,5 du chemin forestier Morice 
River, dans le but de contrôler l’accès à leur territoire. C’est une GRC 
lourdement armée qui a envahi Gidimt’en en janvier 2019, démantelant les 
portails et arrêtant 14 protecteurs du territoire. En décembre 2019, un 
article du Guardian 
<https://www.theguardian.com/world/2019/dec/20/canada-indigenous-land-defenders-police-documents> 
exposait des notes tactiques de la GRC dans lesquelles l’usage de la 
force létale [right to shoot] était approuvé.

Le 31 décembre 2019, la compagnie Transcanada, responsable du projet, a 
obtenu une nouvelle injonction, de la Cour suprême de la 
Colombie-Britanique cette fois, injonction empêchant quiconque sur le 
territoire Wet’suwet’en d’approcher à moins de 10 mètres de toute 
personne ou véhicule rattachés au pipeline Coastal Gaslink. À la suite 
de l’injonction, le 6 février dernier, la GRC a mis en place une zone 
d’exclusion qui empêche l’accès au territoire selon des critères flous 
et variables aux journalistes, aux habitants, aux avocats et aux 
personnes venues en soutien.

Entre le 6 et le 10 février dernier, la GRC a remonté le chemin 
forestier avec plusieurs véhicules, des hélicoptères, une unité canine, 
un canon de son et de la machinerie lourde (incluant un bulldozer), 
démolissant les barrières des points d’entrés, faisant fi de 
l’interdiction d’entrée sur le territoire émise par les Wet’suwet’en et 
arrêtant plus de 20 protecteurs des territoires, incluant des aînés. 
Pour répondre à cette invasion de leur territoire traditionnel, les 
Wet’suwet’en en ont appelé à leurs alliés à travers le pays à supporter 
leur lutte contre le gouvernement canadien et les compagnies pétrolières 
(#shutdowncanada ; #reconciliationisdead).

*Les chemins de fer au cœur de la constitution canadienne*

La communauté mohawk de Tyendinaga bloque depuis la circulation des 
trains de passagers et de marchandises entre Toronto et Montréal depuis 
le 5 février. Un autre blocage des voies ferrées à New Hazelton a forcé 
la fermeture du port de Prince Rupert en Colombie-Britannique. Les 
blocages en solidarité aux Wet’suwet’en se multiplient depuis à travers 
le « Canada » : des campements ont été installés sur les rails ou à 
leurs abords à Kahnawà:ke, Listuguj, Halifax/K’jipuktuk, Diamond, entre 
autres.

L’impact économique et politique de ces blocages met en lumière le rôle 
central de l’extractivisme et des infrastructures ferroviaires dans 
l’économie canadienne, mais ces blocages soulèvent également le rapport 
structurel entre le transport des marchandises et le colonialisme 
canadien. D’une actualité frappante, l’histoire du développement du 
réseau de chemins de fer permet d’illustrer la façon dont s’imbriquent 
l’industrialisation, l’unification de la nation canadienne, le droit 
canadien, le colonialisme et la violence d’État.

Durant la seconde moitié du 19e siècle, les projets de chemin de fer 
reliant différents points des colonies nord-américaines se multiplient. 
Dans cette première phase du capitalisme financier, entrepreneurs et 
hommes d’affaires investissent des sommes colossales dans 
l’établissement de nouvelles lignes, appuyés par des subventions 
gouvernementales tout aussi importantes. Les villes connectées 
deviennent des artères économiques stratégiques, et les chemins de fer 
contribuent largement à leur industrialisation, en plus de créer des 
nouveaux besoins en bois, mazout, fer et acier. Les chemins de fer 
permettent d’atteindre des régions inaccessibles au réseau navigable et 
— assurant le transport de colons, de marchandises et de milices forces 
armées — ils deviennent rapidement un dispositif majeur de la 
colonisation de l’arrière-pays.

Bien plus qu’un simple outil économique, le réseau ferroviaire est au 
cœur de la Confédération et joue un rôle clé pour le nationalisme 
canadien. La construction de l’Intercolonial Railway, reliant le 
Canada-Uni aux provinces maritimes, est posée comme condition à la 
signature de l’Acte constitutionnel de 1867. La Colombie-Britannique se 
joint ensuite à la confédération en 1871, suite à la promesse du premier 
ministre John A. McDonald de construire le Canadian Pacifique Railway 
(CP) qui allait relier les provinces de l’Est aux provinces de l’Ouest. 
Le projet du Canadian Pacifique devient ainsi un acteur majeur de 
l’unification symbolique et matérielle du Canada, autant symboliquement 
que matériellement. Le gouvernement opte pour un trajet qui évite de 
franchir la frontière américaine, traversant les territoires appartenant 
à la Hudson Bay Company, jusqu’alors peu colonisés et habités par de 
nombreuses Premières nations et communautés métisses. Largement 
subventionnée, la construction du CP est entachée par des scandales de 
corruption qui forceront le gouvernement de McDonald à démissionner en 1873.

En parallèle au CP, une multitude de chemins de fer aux tracés moins 
ambitieux voient le jour, encore une fois subventionnés par le 
gouvernement et ratissant les territoires des Premières nations. 
L’engouement spéculatif est tel que peu de projets sont réellement 
rentables et une grande partie se retrouve au bord de la faillite 
suivant la Première Guerre mondiale. Plusieurs lignes sont alors 
rachetées et nationalisées par le gouvernement qui les amalgamera pour 
créer le Canadian National Railway (CN).

*L’Indian Act et la North-West-Mounted-Police*

L’adoption du Indian Act en 1876 donne le cadre légal aux traités qui 
permettront au gouvernement canadien de privatiser et de s’approprier 
les terres autochtones traversées par les chemins de fer. Le système de 
Conseil de bandes et le système de réserves prescrits par l’Indian Act 
imposent une structure politique et un mode de propriété des terres en 
rupture avec les souverainetés ancestrales et les cultures des Premières 
nations, qui permettront au gouvernement de dicter les termes de la 
négociation de la cessation des terres, et ce en toute « légalité ». 
Selon l’Indian Act, les réserves indiennes doivent être administrées par 
un Chef et un Conseil de Bande élus au suffrage universel, payés par le 
Ministère des Affaires indiennes. Cependant, pour les Premières nations, 
les Chef.fes traditionnel.les ont toujours la responsabilité des 
territoires ancestraux.

En 1873, l’ancêtre de la Gendarmerie royale du Candada (GRC) — la 
North-West-Mounted-Police — est créée dans le but spécifique de 
contrôler les populations autochtones des Prairies. À partir de 1881, la 
Police montée est affectée à la protection de la construction du 
Canadian Pacifique et déménage sa base à Régina, nouvellement fondée en 
vue de la construction du chemin de fer. Le transport ferroviaire sera 
un atout de taille pour la Police montée, lui permettant de mobiliser 
rapidement des recrues pour faire face aux révoltes métisses et faire 
appliquer l’Indian Act.

La construction du chemin de fer joue égalemenent un rôle crucial dans 
la destruction des troupeaux de bisons dans les Prairies 
« canadiennes ». Au-delà d’être une source de protéine exceptionnelle, 
le bison était au coeur des cultures et spiritualités des Premières 
Nations des vastes territoires entre le Plateau laurentien et les 
Rocheuses. Suivant l’extermination intentionnelle des troupeaux par les 
colons entre 1870 et 1880 — qui répondait au double objectif de 
contrôler les Premières Nations et d’assurer le passage sécuritaire des 
trains — la survie de plusieurs Premières nations des Prairies dépend 
des apports en nourriture fournis par la Police montée. La menace de la 
famine les oblige ainsi à signer des traités cédant leurs territoires à 
la Couronne et les assignant à des réserves au nord des lignes de chemin 
de fer. Entre 1871 et 1921, dans une véritable guerre par la faim, la 
Couronne canadienne signe 11 traités avec les Premières nations qui lui 
céderont à peu près l’entièreté des territoires allant de l’« Ontario » 
jusqu’aux Rocheuses.

*La poursuite du colonialisme canadien : des chemins de fer aux oléoducs*

Les similitudes entre l’histoire de la construction des chemins de fer 
et les différents projets d’oléoducs dépassent les simples coïncidences. 
Subventions gouvernementales, rachats des projets déficitaires, vols des 
terres des Premières Nations, actes de droit et intervention des forces 
armées : ce qui se dégage de l’histoire des chemins de fer durant la 
deuxième moitié du 19e siècle, c’est la persistance actuelle du 
colonialisme structurel comme fondement de la colonie « canadienne ». 
L’extractivisme et la circulation des matières premières sont le 
fondement de l’économie canadienne et l’appropriation des territoires 
des Premières nations demeure au cœur de la constitution et du Droit 
canadien. Au-delà des beaux discours de la réconciliation, le 
colonialisme se poursuit au même rythme et se maintient encore 
aujourd’hui à coup de législations et de force armée. Les blocages de 
trains de la dernière semaine mettent en évidence les fondements 
colonialistes du territoire canadien, mais aussi ces points faibles, sa 
dépendance envers ses infrastructures de transport et l’efficacité avec 
laquelle on peut arriver à le mettre en déroute.

*#SHUT DOWN CANADA
#ALL EYES ON WET’SUWET’EN*

/paru dans lundimatin#230, le 17 février 2020/ 
<https://lundi.am/D-un-ocean-a-l-autre>


      Carte des blocages en cours ->
      http://www.csia-nitassinan.org/spip.php?article1112

- *Photo de solidarité avec Wet’suwet’en réalisée par le /Comité de 
solidarité avec les Indiens des Amériques/ (CSIA-Nitassinan), le 16 
février au /Centre international de culture populaire/ (CICP), à Paris :*


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