[Autochtones-cop21] MANIFESTE DE PIARAÇU - Sommet de leaders amazoniens uni.es contre Bolsonaro - Janvier 2020

Silvanu silvanu at samizdat.net
Lun 27 Jan 19:14:09 CET 2020


MANIFESTE DE PIARAÇU - Sommet de leaders amazoniens uni.es contre 
Bolsonaro - Janvier 2020 
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Traduction : Autres Brésils

*MANIFESTE DE PIARAÇU - Sommet de leaders amazoniens uni.es contre 
Bolsonaro - Janvier 2020*

/600 dirigeant.es ont élaboré ce manifeste en défense de la forêt et des 
peuples autochtones./

/

Mebengokrê, à Piaraçu, n’a pas été choisie par hasard : elle se trouve 
loin des grands centres urbains, sur les rives du fleuve Xingu, en 
pleine forêt vierge.

L’objectif principal de la réunion : former une union sacrée pour faire 
face aux projets du gouvernement Bolsonaro qui menacent selon ces 
caciques le mode de vie des peuples autochtones, notamment une loi qui 
autoriserait les activités minières sur leurs terres.

/

/Observatoire de la démocratie brésilienne/

*DES DIRIGEANT.E.S ET CHEF.FES AUTOCHTONES DU BRÉSIL REUNI.E.S A PIARAÇU*

Nous, représentants de 45 peuples autochtones du Brésil, soit plus de 
600 participants, avons été conviés par le cacique Raoni à nous réunir, 
du 14 au 17 janvier 2020, dans le village de Piaraçu (Terre indigène de 
Capoto Jarina), afin d’unir nos forces et de dénoncer le projet 
politique de génocide, d’ethnocide et d’écocide que mène le gouvernement 
brésilien.

L’État brésilien doit comprendre qu’il a une dette historique envers les 
peuples autochtones. Nous sommes les premiers habitants de notre pays. 
Nous ne défendons pas seulement l’environnement : nous sommes la Nature 
elle-même. Détruire l’environnement, c’est nous tuer. Nous voulons 
préserver la forêt sur pied, non pas parce qu’elle est belle, mais parce 
que tous les êtres qui l’habitent font partie de nous et courent dans 
notre sang.

L’État brésilien reconnaît les droits des autochtones dans les articles 
231 et 232 de la Constitution fédérale de 1988, que nous avons contribué 
à élaborer, ainsi que dans d’autres normes juridiques nationales et 
internationales, telles que la convention 169 de l’Organisation 
Internationale du Travail (OIT). Nous exigeons donc que notre droit à 
une consultation libre, préalable et informée soit respecté chaque fois 
que sont prévus des projets et des décisions susceptibles de nous 
affecter et de menacer nos territoires et nos modes de vie.

Nous n’avons pas besoin de détruire pour produire. Notre richesse ne 
peut être vendue pour de l’argent qui ne la vaut pas. Si notre 
territoire est très riche, nous ne sommes pas riches en argent liquide, 
nous sommes riches en diversité et toute cette forêt dépend de notre 
culture pour subsister. Ce qui compte pour nous, c’est notre terre. Cela 
vaut plus que la vie. Et c’est nous qui pouvons protéger la nature, nous 
qui ne détruisons ni ne polluons jamais notre rivière. Nous prenons soin 
de notre terre, nous savons à quel point elle est précieuse. Nous devons 
protéger ce que nos ancêtres nous ont légué.

Les menaces et les discours de haine du gouvernement actuel encouragent 
la violence contre les peuples autochtones, l’assassinat de nos 
dirigeants et l’invasion de nos terres. Aujourd’hui, nous devons nous 
préparer à faire face, non seulement au gouvernement, mais aussi à 
réagir à la violence de certains secteurs de la société, qui exprime 
très clairement du racisme à notre encontre, simplement parce que nous 
sommes autochtones.

Les femmes autochtones présentes à la réunion, dirigeantes et 
guerrières, génératrices et protectrices de la vie, réaffirment leur 
lutte contre les violations auxquelles sont confrontés leurs corps, 
leurs esprits et leurs territoires. Ce sont les femmes qui garantissent 
nos modes de vie et notre langue. Elles garantissent notre existence au 
sein de notre communauté. Nous, femmes et hommes autochtones, luttons 
côte à côte pour le droit à la terre qui nous nourrit et nous guérit.

Les jeunesses autochtones présentes à cette réunion réaffirment 
l’engagement à poursuivre la lutte des dirigeants pour la défense de nos 
vies, de nos territoires et de notre droit à l’existence. Les 
connaissances et les traditions que nos grands-parents nous ont 
enseignées constituent la solution fondamentale aux menaces qui pèsent 
sur nos peuples et sur nos territoires, et à la crise climatique qui 
approche. Cette nouvelle génération est prête à faire valoir les 
solutions qui lui ont été enseignées.

Nous sommes les seuls à pouvoir parler de nous et pour nous-mêmes. Nous 
ne tolérons pas que l’on manque de respect à nos chefs, comme l’a fait 
Bolsonaro, en 2019 lors de la réunion de l’ONU, dans son discours à 
l’encontre du chef Raoni. Nous affirmons que le chef Raoni est notre 
chef OUI, il nous représente ! Il est et sera notre référence, pour sa 
lutte ferme et pacifique, de leadership : aujourd’hui et toujours. C’est 
pourquoi nous soutenons sa candidature au prix Nobel de la paix. Nous 
exigeons que le Congrès reconnaisse légalement les autorités autochtones 
comme les premiers dirigeants de ce pays. Nos terres sont gouvernées par 
nos chefs, autorités autochtones qui décident en faveur des communautés, 
sur la base de revendications collectives plutôt qu’individuelles.

L’actuel président de la République menace nos droits, notre santé, 
notre territoire. Le gouvernement actuel prévoit de libérer l’extraction 
de minerai et l’élevage de bétail sur nos territoires.

Nous avons joint nos forces, nous sommes unis et avons montré par ce 
document notre détermination à poursuivre nos luttes qui sont portées 
par nos petits-enfants. Le gouvernement actuel nous attaque, il veut 
nous arracher la terre des mains. Nous n’acceptons pas l’orpaillage, les 
exploitations minières, l’agro-industrie et la mise en location de nos 
terres ; nous n’acceptons pas les exploitants forestiers, les pêcheurs 
illégaux, les centrales hydroélectriques et autres entreprises, comme 
Ferrogrão, qui nous atteignent de manière directe et irréversible.

Nous sommes contre tout ce qui détruit nos forêts et nos rivières. Nous 
n’acceptons pas que le Brésil soit mis en vente à d’autres pays qui ont 
un intérêt à explorer notre territoire. Nous voulons avant tout le 
respect de nos vies, de nos traditions, de nos coutumes et de la 
Constitution fédérale, qui protège nos droits.

Nous avons rédigé ce document comme un cri, afin que nous, les peuples 
autochtones, puissions être entendus par les trois pouvoirs de la 
République, par la société et par la communauté internationale.

Les processus de consultation doivent garantir notre droit de dire NON 
aux initiatives du gouvernement et du Congrès. Les consultations doivent 
respecter nos formes traditionnelles de représentation et d’organisation 
politique, ainsi que nos protocoles autonomes de consultation et de 
consentement.

Nous avons clairement indiqué que les autochtones qui occupent 
actuellement des postes au sein du gouvernement fédéral sans que nous 
ayons participé à leur nomination, et qui d’une certaine manière 
soutiennent le gouvernement Bolsonaro, ne nous représentent pas.

Nous exigeons le respect de notre droit originel sur nos territoires par 
la délimitation et l’homologation des terres autochtones revendiquées. 
Nous rejetons la thèse du Fait indigène1 imposé et exigeons que les 
processus de démarcation arrêtés soient immédiatement repris, comme 
Kapot Nhinore, revendication ancienne du cacique Raoni.

Nous sommes contre la municipalisation de la santé indigène et contre 
l’indication politique des partis pour les postes au sein du SESAI. Nous 
exigeons l’autonomie politique, administrative et financière des 
Districts Sanitaires Spéciaux de Santé Indigène - DSEI et le 
renforcement du contrôle social par la recréation du Forum des 
Présidents des Conseils de District de Santé Indigène - CONDISI, éteint 
par le décret 9.759/2019. Nous exigeons la garantie d’une main-d’œuvre 
qualifiée et adaptée à notre service.

Nous exigeons le respect de l’Accord d’ajustement de conduite - TAC 
signé entre le ministère de la Santé, la FUNAI, le SESAI, le Bureau du 
Défenseur public fédéral et le ministère public fédéral, qui garantit la 
continuité des services liés à la politique de santé indigène. Et nous 
exigeons la tenue de la 6e Conférence nationale sur la santé des 
autochtones. Nous exigeons l’application de la politique indigéniste de 
la FUNAI et du SESAI en matière de responsabilité pour tous les peuples 
et terres autochtones du Brésil et pas seulement pour les terres 
autochtones homologuées.

Nous dénonçons les persécutions et les tentatives de criminalisation de 
nos dirigeants, organisations autochtones et indigénistes, 
collaborateurs et partenaires.
Nous exigeons l’assurance de l’intégrité physique et morale de nos 
communautés et de nos dirigeants et la punition de ceux qui tuent nos 
proches.

Nous demandons à l’État brésilien de respecter sa responsabilité 
constitutionnelle de protéger les territoires autochtones et 
l’environnement en réprimant les activités illégales et en punissant les 
criminels. Nous exigeons également que le gouvernement assume la 
responsabilité de l’empoisonnement de l’air, du sol et des rivières 
causé par l’utilisation irresponsable et incontrôlée d’agrotoxiques 
autour de nos terres.

Nous exigeons le respect des politiques publiques de protection des 
peuples isolés et de contacts récents.

Nous exigeons une éducation différenciée et de qualité pour nos enfants, 
leur permettant de compléter leur éducation, du primaire au secondaire, 
sur nos territoires. Nous n’acceptons pas la mise au rebut des 
universités publiques et nous demandons la garantie de la continuité des 
bourses pour les jeunes autochtones qui étudieront à l’université, en 
ville. La formation universitaire des jeunes est importante pour la 
continuité de notre lutte. C’est un espace qui garantit que nous soyons 
prêts à faire face aux changements qui nous menacent. C’est pourquoi les 
jeunes tiennent fermement au stylo qu’ils ont en mains ainsi qu’aux 
enseignements de leurs grands-parents pour lancer la flèche qui leur a 
été léguée afin de continuer le combat. Être à l’université n’a de sens 
que si nous exerçons notre spiritualité. Pour cela, nous demandons à la 
société brésilienne de se joindre à nous dans la lutte pour l’accès à 
une université plurielle et démocratique, pour une éducation 
universitaire qui valorise et reconnaît la science du territoire.

Nous voulons des politiques qui renforcent les alternatives économiques 
durables pour nos territoires, sans l’utilisation d’agrotoxiques, et qui 
favorisent l’économie de la Forêt sur pied, mettant l’accent sur la 
culture, les connaissances traditionnelles, l’extractivisme et les 
technologies propres.

Nous sommes des êtres humains, nous sommes les peuples premiers du 
Brésil. Nous faisons partie du Brésil et le Brésil fait partie de nous. 
Nous n’acceptons pas qu’il soit dit que nos territoires sont trop 
grands, car cela n’est pas comparable à la taille et à la force de notre 
culture et à ce que nous avons contribué à maintenir, non seulement nos 
vies et nos modes de vie, mais aussi la vie de tous les habitants de la 
planète. Celui qui est né le premier n’était pas le Brésil, nous étions 
les peuples premiers et nous avons été massacrés, mais nous continuons à 
résister pour exister.

Nous ne sommes pas seuls. Dans cette grande réunion, nous déclarons la 
reprise de l’Alliance des peuples de la forêt, qui comprend la Caatinga, 
le Pantanal, le Cerrado, la Forêt atlantique et l’Amazonie. Nous 
défendrons ensemble la protection de nos territoires. Cette lutte n’est 
pas seulement celle des peuples autochtones, mais celle de nous tous 
pour la vie de la planète.

Nous concluons avec la certitude que 2020 sera une année de haute lutte 
et nous appelons tous les parents et partenaires des Peuples 
Autochtones, au Brésil et à l’étranger, pour une année de grandes 
mobilisations où nous devrons être présents avec la force et l’énergie 
de nos ancêtres à Brasilia et dans les rues du monde entier. La lutte 
continue aujourd’hui et toujours de génération en génération !

*Voir en ligne * : Lire en ligne en portugais 
<https://drive.google.com/file/d/1HSsR0JnJcw3MYlKRzrinzgWsjVicw43s/view>

Village de Piaraçu, le 17 janvier 2020.

*Traduction * : Observatoire de la démocratie brésilienne / Autres Brésils

*Source : * 
https://www.autresbresils.net/MANIFESTE-DE-PIARACU-Sommet-de-leaders-amazoniens-uni-es-contre-Bolsonaro

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