[CNT Infos Isère] Dossier Sécu de la CNT: http://www.cnt-f.org/accueil/dossiers/Secu/

Patrick patbakou at cnt-f.org
Sam 5 Juin 09:04:01 CEST 2004


    Retraites amputées, casse de la Sécu organisée, services publics
    liquidés...


  REACTIVONS LES SOLIDARITES !

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La Sécurité Sociale est la garantie donnée à chacun, qu'en toutes 
circonstances, il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa 
subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes.[&] « 
Elle répond à la préoccupation de débarrasser les travailleurs de 
l'incertitude du lendemain, de cette incertitude constante qui crée chez 
eux un sentiment d'infériorité et qui est la base réelle de la profonde 
distinction des classes, entre les possédants, sûrs d'eux-mêmes et de 
leur avenir, et les travailleurs, sur qui pèse à tout moment la menace 
de la misère. »

En mauvaise posture en 1945, le patronat a cherché aussitôt à 
contrecarrer le développement de la Sécurité Sociale, dont l'objectif de 
débarrasser les travailleurs de l'incertitude du lendemain menaçait 
fondamentalement sa certitude de pouvoir continuer à les exploiter. En 
1953, brandissant déjà l'argument du « trou » pour cause de baby-boum, 
le gouvernement tente de repousser l'âge de la retraite des 
fonctionnaires et de supprimer des régimes spéciaux. En plein mois 
d'août, 4 millions de grévistes provoquent le plus gros mouvement depuis 
le Front Populaire, et le gouvernement abandonne.

Aujourd'hui, une fois de plus, c'est la même argumentation gestionnaire 
qui est utilisée, pour nous convaincre de l'inéluctabilité de la 
réforme, qui est en fait une énième régression, et en masquer le 
caractère politique. D'une part, les sommes en jeu sont tellement 
énormes - 247 milliards d'euros de dépenses pour le régime général en 
2003 - que l'on peut faire sensation avec un déficit de 8 milliards 
d'euro, juste en omettant de préciser que cela ne représente que 3% ce 
qui est faible . D'autre part, la mise en avant des dysfonctionnements, 
qui ne manquent pas d'exister dans un système aussi complexe, vise, 
encore et toujours, à construire un bouc-émissaire, des gestionnaires 
incompétents aux assurés irresponsables.

L'équilibre de le Sécurité Sociale, basé sur les entrées de cotisations 
sociales prélevées sur le travail, commence à se dégrader avec le 
développement du chômage de masse à partir des années 70. Alors que le « 
fléau » du chômage n'est que la conséquence de la confiscation des gains 
de productivité par le capital, non redistribués en baisse du temps de 
travail sans baisse de salaire -2% de gains par an depuis 50 ans , 
passage aux 40h par semaine en 1936, passage aux 39h en 1981, aux 35h en 
1997 et maintenant au contraire réaugmentation - Tous les gouvernements, 
de droite comme de gauche, non seulement n'ont rien fait pour contrer ce 
détournement de la richesse produite, mais ils ont, en plus, cassé le 
ressort sur lequel fonctionne notre système de protection sociale, en 
développant des politiques de créations d'emplois avec exonération de 
charges.

Aujourd'hui, ces exonérations, 19,5 milliards pour 2002, représentent 
20% des cotisations patronales, contre 4% seulement en 1993. Ces 
exonérations sont partiellement compensées par l'Etat, mais, réduction 
du déficit public oblige, cette compensation baisse d'année en année, 
creusant d'autant le manque à gagner pour les caisses. Mais ces 
chiffres-là, on en entend beaucoup moins parler !

La faillite annoncée et inévitable de toutes les caisses d'assurance 
sociale ; aucune entreprise ne survivrait à un tel détournement de fonds 
; ce n'est malheureusement pas encore le plus grave. La généralisation 
de la création d'emplois avec exonération de « charges » est une attaque 
contre le salaire socialisé, qui traduit la remise en cause de l'acquis 
fondamental des travailleurs sur le capital, à savoir que le salaire 
n'est pas la simple rémunération des heures de travail, mais la part de 
richesses crées qui retourne aux travailleurs dans leurs totalité, 
passés, présents et à venir, et doit financer aussi l'ensemble des 
situations de non-travail : maladie, retraite, chômage. Le salaire 
socialisé impose au capital la reconnaissance que le travail n'est pas 
une marchandise, parce que le travailleur n'est pas une matière première 
qui a un coût , et impose l'affrontement politique dans la détermination 
du salaire au lieu du face à face inhumain du XIXème siècle, où patron 
et ouvrier fixaient « librement » le prix du travail.


    Quel " trou de la Sécu " ?


      1. du catasrophisme sélectif : leurs chiffres et " les nôtres "

"Le système est devenu fou " déclame Douste-Blazy, nouveau préposé à la 
protection sociale. Nous sommes au moins d'accord sur ce point avec le 
nouveau ministre : on ne cesse de faire des cadeaux au patronat en les 
exonérant de cotisations alors que les entreprises n'ont jamais autant 
licencié, flexibilisé, délocalisé, précarisé. Système d'autant plus 
absurde que l'on parle de " sauver la Sécu " comme on a " sauvé la 
retraite par répartition ", c'est à dire en ouvrant la voie aux fonds de 
pension à la française. C'est toujours la même méthode : on légifère sur 
un recul des droits à la retraite (par l'augmentation du nombre 
d'annuités nécessaires pour obtenir une retraite à taux plein) afin 
d'inciter les travailleurs (qui le peuvent, sélection par l'argent 
oblige) à se constituer un capital de sécurité. D'où la mise en place du 
Plan d'Epargne Retraite Populaire (PERP) dès avril 2004& Pour la branche 
maladie, l'optique reste la même, le gouvernement prévoit un recul des 
remboursements de soins par l'assurance maladie pour pousser le plus de 
personnes possible à souscrire à un contrat privé ou mutualiste. C'est 
bien connu, on sauve la répartition en mettant en place la 
capitalisation, merci professeur Reagan !

La manipulation est grossière. Pour justifier un " plan de sauvetage ", 
il faut préalablement déclarer l'état d'urgence : en 2004, le déficit 
sera de 12,9 milliards d'E, il faut réformer et vite ! Les raisons du " 
gouffre financier " de l'assurance maladie semblent évidentes pour les 
déclamateurs gouvernementaux : il y a trop de dépense de santé ! Les 
travailleurs se paient le luxe d'être malades, de se soigner et surtout 
d'être remboursés ! La conséquence logique tombe sous le sens : il faut 
procéder à des déremboursements massifs de frais médicaux en 
départageant les " petits risques " ( qui ne seront plus remboursés par 
la Sécu) des gros risques. On appelle ça la " responsabilisation des 
assurés " dans la novlangue ministérielle.


        Et pourtant ! De l'argent il y en a dans les poches du patronat !

Pas assez d'argent ? Il manque donc des cotisations ! En augmentant de 
1% la totalité des salaires (donc des cotisations puisqu'elles font 
partie du salaire brut), on dégage 3 milliards d'E pour la Sécu. Autre 
chiffre évocateur : 100 000 chômeurs de moins, c'est un milliard d'E de 
cotisations en plus. Aller dans ce sens-là, c'est évidemment faire le 
choix de donner plus aux travailleurs au détriment des profits. Or c'est 
la tendance inverse qui s'impose : depuis 1983, la part de la richesse 
nationale (PIB) consacrée aux salaires est passée de 69 % à 60 % pendant 
que celle des profits augmentait de 31 à 40 %. Les richesses sont 
produites par les travailleurs alors que leur répartition leur échappe 
de plus en plus& Et que dire des 90 milliards de plus-values financières 
réalisées par les entreprises et non touchés par les cotisations ?

Laisser cet argent dans les caisses des patrons et des financiers au 
lieu de le reverser aux travailleurs par le biais des salaires (donc par 
les cotisations) relève d'un choix politique parfaitement déterminé. Il 
n'y a pas de trou de la Sécu mais une politique économique déterminée de 
transfert des richesses en faveur du patronat.


      2. les préludes à la contre-réforme


        Le rapport Chadelat

En avril 2003, Chadelat, ex-responsable du secteur Santé aux assurances 
AXA, remet un rapport sur l'assurance-maladie au gouvernement. Il 
préconise la mise en place d'une Couverture Maladie Généralisée (CMG) 
composée :

    * d'une Assurance Maladie Obligatoire (AMO) remboursant à 100 % une
      liste limitée de frais médicaux
    * d'une Assurance Maladie Complémentaire de Base (AMCB), privée et
      facultative (avec des incitations financières) prenant en charge
      dès le premier E des soins tels que l'optique, les dents&
    * une surcomplémentaire, afin de couvrir les frais mal remboursés
      par l'AMO et l'AMCB.

Exclusion du remboursement de nombreux soins aujourd'hui au moins 
partiellement assurés par la Sécu, recours accru aux mutuelles et aux 
assurances privées, c'est une sélection par l'argent qui est projetée 
dans ce rapport commandé par Mattéi.


        Le rapport du Haut Conseil pour l'Avenir de l'Assurance Maladie.

Lancé en octobre 2003 par Raffarin et Mattéi, ce conseil est invité à " 
mettre fin au sentiment de gratuité " chez les assurés pour séparer la 
prise en charge des petits et des gros risques, pour reprendre les 
expressions de notre cher 1er ministre. Au bout de plusieurs mois de 
discussion, réflexion, cette instance a trouvé un moyen de financement 
de la branche maladie : l'alignement du taux de CSG des retraités et des 
chômeurs sur celui des autres salariés. La CSG, impôt déjà injuste car 
non progressif, fait avant tout payer les salariés (dont les revenus 
constituent 79 % des recettes de la CSG alors que les profits financiers 
ne font partie de l'assiette d'imposition). Etendre cet impôt, c'est 
faire payer toujours plus les travailleurs alors que patrons et 
financiers sont soigneusement épargnés.


        Le plan Hôpital 2007

    * l'initiative du délégué général de la Fédération de
      l'Hospitalisation Privée, Alain Coulomb, ce plan prévoit :
    * la " tarification à l'activité ", mettant en concurrence
      structures hospitalières publiques et privées pour livrer les
      meilleurs soins selon des critères d'excellence. Des primes seront
      accordées aux " meilleurs établissements " (entendez : les plus
      concurrentiels). Le choix des pathologies les plus rentables va
      devenir une priorité pour de nombreux médecins des hôpitaux.
    * l'abandon de la " carte sanitaire " donc de l'obligation de mettre
      à disposition pour tous un service public hospitalier. Par la
      compétitivité entre " entreprise de soins " et le financement
      public des structures privées, c'est tout un secteur de la santé
      publique jugée " non rentable " que l'on voue à disparaître.


        La notion de " panier de soins ", pivot de la contre-réforme.

Aujourd'hui la plupart des soins sont couverts par l'Assurance Maladie 
avec un taux de remboursement de 70 %. Spécifier un " panier de soins " 
revient à départager ce qui restera remboursé par la Sécu et ce qui sera 
à la charge des assurés (avec ou sans complémentaires). Confier aux 
assurances la prise en charge de frais qui sortent d'un panier de soins, 
par essence limitatif, c'est exclure de nombreux travailleurs de l'accès 
à certains soins, faute de moyens. C'est tout le discours de 
Raffarin-Mattéi sur " la responsabilisation " des assurés et la " baisse 
des dépenses " qui se déclinent au travers de la mise en place du panier 
de soins. La baisse des remboursements de 617 médicaments par Mattéi 
relève de cette logique libérale.


        Les annonces de Douste-Blazy pour " sauver la Sécu "

Toujours dans la logique de " responsabilisation " des assurés et pour 
en finir avec " le sentiment de gratuité ", la première mesure du 
nouveau ministre est d'instaurer une franchise d'un e par consultation. 
L' " euro symbolique " me direz-vous ! Oui ! symbolique d'une double 
entourloupe car la somme payable par l'assuré sera évolutive et pourra 
augmenter si les besoins se font sentir. Deuxième écueil : les assurés 
payent déjà en versant leurs cotisations aux caisses de Sécu. En versant 
1e¬, c'est le double paiement ! L'augmentation de la CSG pour les 
salariés retraités ne fait que renforcer cet impôt pesant principalement 
sur les revenus des travailleurs. Quant à la mise en place du dossier 
informatisé, il est pensé dans une optique de contrôle accru des assurés 
afin qu'ils adoptent un comportement " vertueux ", à savoir éviter les 
arrêts-maladie, les visites à répétition,etc.

Bref, tout est résumé dans la formule : " dépenser moins pour soigner 
mieux " (moins de remboursements, d'argent pour l'hôpital public va bien 
évidemment améliorer la santé publique !).


      3. Pourquoi cette attaque ?

La sécurité sociale, mise en place en 1945, assure à tous les salariés 
une continuité des revenus en cas de maladie et en fin d'activité 
(retraite). Les ressources viennent de cotisations sociales payées par 
le patronat et par les salariés. Ces cotisations prélevées sont dirigées 
en flux direct aux salariés assurés inactifs ( pour cause de chômage, 
maladie, retraite). Ce sont des sommes énormes qui transitent par ce 
système appelé " par répartition ". Cette part du salaire est dite " 
socialisée ", c'est à dire mise en commun. Il n'y a pas d'équivalence 
stricte entre ce qu'on verse en cotisations et ce qu'on reçoit en 
prestations. Le versement de la cotisation " ouvre droit à la prestation 
"; le système est dit " universel ".

Cette péréquation collective des frais dus aux situations de vieillesse, 
de maladie mais aussi de chômage (UNEDIC) coûte au patronat à 3 niveaux :

    * c'est un coût direct. Il faut payer les travailleurs un salaire
      direct pour leur activité mais également assumer financièrement
      les périodes de non-travail (les cotisations ou salaire brut). Le
      patronat appelle ça cette partie du salaire, " les charges ".
    * c'est un coût indirect. Toutes les sommes qui passent dans la
      répartition, transitent en flux direct, sans accumulation, ni
      spéculation. C'est un manque à gagner énorme pour le patronat qui
      rêve d'investir cet argent dans des fonds de pension (qui
      rapportent des dividendes financiers).
    * c'est un coût idéologique. Le système par répartition (avec ses
      300 milliards d'euros annuels de cotisations-prestations) prouvent
      que l'épargne et l'accumulation boursière sont inutiles pour
      assurer un salaire continué donc une protection sociale efficace à
      tous. Le salaire socialisé est un critère d'unité entre tous les
      travailleurs qui sont à même d'en exiger la gestion, en tant que
      composante de leurs revenus. Manque à gagner pour le capital
      financier, preuve de la viabilité de la répartition, on comprend
      aisément pourquoi le patronat et ses alliés proclament que " le
      système est devenu fou ".

Dès 2001, le MEDEF dans son plan " pour une nouvelle architecture de la 
sécurité sociale " fustigeait des déficits incontrôlables, ne laissant 
d'autres choix que de laisser aux ménages la charge de certains soins 
(notamment en souscrivant à une assurance privée) tout en laissant jouer 
la concurrence entre plusieurs opérateurs de soins. Un an plus tard, 
Chadelat pond son rapport, prélude à la contre-réforme d'aujourd'hui. Au 
MEDEF, on a pas de pétrole mais on a des idées !

Le capital fera tout pour détourner les sommes des cotisations vers les 
assurances privées. Tel est le sens du combat actuel entre capital et 
salariat. Ils ont leurs solutions, nous avons les notres !


    "sauver la Sécu" : privatisation / fiscalisation ou salaire socialisé

Les ministres de la santé se succèdent mais la volonté de " mener la 
réforme jusqu'au bout " reste. Il faut " dépenser moins " mais aussi 
combler le déficit. Deux choix économiques et politiques s'opposent.


      1. le financement par l'impôt : le binôme fiscalisation /
      financiarisation

La branche maladie est financée par la CSG, qui a remplacé les 
cotisations sociales maladies. La CSG n'est pas une cotisation mais un 
impôt. Il est exclusivement voué au financement des prestations de la 
Caisse Nationale d'Assurance Maladie. C'est pour cela que l'on parle 
d'impôt préaffecté, c'est à dire qu'il alimente un seul et même type de 
dépenses ( à la différence de l'impôt sur le revenu qui finance des 
choses variées).


        Alors en quoi la CSG n'est-elle pas une cotisation ?

    * Elle touche les " ménages ". Ainsi un grand patron comme Martin
      Bouygues est touché en tant que contribuable au même titre qu'un
      facteur. Il n'est pas redevable, en tant qu'employeur, d'une
      cotisation payée pour chacun de ses salariés. La CSG se compose à
      93 % de revenus issus du travail.
    * Les sommes récoltées et le taux de la CSG sont gérés par les
      dirigeants politiques , à la différence des cotisations, qui
      relèvent du rapport salarial, donc d'accords professionnels. Ces
      derniers sont conclus dans le cadre d'une négociation syndicale,
      souvent issue d'un rapport de force travailleurs / patronat.
      L'usage de ces fonds et le degré d'imposition relèvent de la
      décision des politiques. Les chefs d'entreprise s'exonèrent de
      fait du poids économique des cotisations maladies grâce au
      financement accru de la Sécu par la CSG.

On comprend pourquoi Jean Gandois, président de l'ancêtre du MEDEF, le 
CNPF, déclarait " il faut transférer une partie des charges des 
entreprises vers l'impôt ". Délester financièrement le capital pour 
mieux imposer les travailleurs, telle est la logique de la 
fiscalisation. L'impôt est un levier à la disposition des gouvernants, 
qui décident de le relever, de le baisser, de l'affecter ou non, au gré 
des programmes ou des majorités politiques. La cotisation sociale est un 
tarif ancré au cSur du rapport salarial, ce qui dérange politiquement et 
économiquement. La prise de contrôle étatique sur les ressources de la 
Sécu lui confère un poids considérable pour le choix des dépenses de 
santé. Douste-Blazy le dit, il n'hésitera pas à être " beaucoup plus 
dirigiste " en terme d'offres de soins mais aussi au niveau de ce qui 
doit être remboursé et ce qui ne doit pas l'être. Ici se décline le 
programme libéral en matière de santé, illustré par les différents 
gouvernements depuis Rocard.

Dès 1994, le rapport Soubie préconise de transférer les charges sociales 
des entreprises vers les ménages (c'est déjà en partie chose faite avec 
la mise en place de la CSG en 1991). Ce même rapport préconise la 
maîtrise comptable des dépenses de santé mais surtout lie le financement 
de la Sécu par l'impôt à la mise en place d'une couverture sociale 
minimale, dite " assistancielle ". On passe de l'assurance à 
l'assistance (gérée par l'état). Au-delà de ce minimum, les dépenses de 
santé sont assumées par des mutuelles ou des sociétés privées, dans le 
cadre de couvertures complémentaires et sur complémentaires. Les 
travailleurs (qui le peuvent) financent leur plan personnel d'assurance 
maladie pour bénéficier d'une couverture plus étoffée. Les sommes ainsi 
récoltées par les compagnies privées constituent des actifs financiers, 
alimentant la bulle spéculative. Le travailleur assuré devient 
indirectement propriétaire de titres boursiers, dont la valeur augmente 
au rythme des restructurations industrielles et des charrettes de 
licenciement. Les actions sont censées être converties en prestations 
forfaitaires en cas de soins. Tout s'oppose entre la logique de 
solidarité régissant le système par répartition (cotisations / 
prestations) et la logique de l'épargne privée.


        Il y a un partage programmé des tâches par l'Etat entre :

    * le maintien d'une assistance minimale pour tous, financée par l'impôt
    * le développement de couvertures complémentaires, laissant la part
      belle aux assurances privées et aux mutuelles.


      2. La cotisation ou " salaire socialisé "

La cotisation fait partie intégrante du salaire. Le salaire direct, issu 
d'un tarif fixé par des conventions collectives, dépend du rapport de 
force entre patronat et travailleurs d'une branche d'industrie. Le 
salaire brut est géré par les caisses de Sécu, qui le distribuent 
directement en prestations. C'est un flux direct de la cotisation à la 
prestation. La nature est toute différente pour une compagnie 
d'assurances privées ou un fonds de pension, qui stockent les sommes 
versées avant de fournir des prestations individualisées en fonction du 
profil du client. Plus le client est identifié comme étant un profil " à 
risques " (d'être malade donc d'exiger des prestations), plus son 
contrat d'assurances sera onéreux. Le titulaire du contrat se constitue 
un capital, à même de lui fournir une rente en cas de maladie, chômage 
ou fin d'activité. C'est une logique de sécurité-propriété. La logique 
de la cotisation est toute autre.

Le revenu des cotisants salariés est assuré dans les situations 
d'hors-activité. C'est l'inscription dans le travail qui détermine le 
statut de cotisant et celui de prestataire. Il n'y a pas d'équivalence 
entre les prestations reçues et les sommes versées préalablement en 
cotisations. Tous cotisent pour tous; le salaire est socialisé et non 
différé (car il n'est pas stocké pour plus tard). Ce dispositif relève 
du droit du travail. C'est le fait de cotiser qui ouvre un droit 
universel à bénéficier des prestations en fonction des besoins 
rencontrés (et non pas en proportion à la somme versée comme dans la 
logique de la propriété). C'est une sécurité / droit du travail qui 
prévaut, antithèse réelle de la sécurité / propriété de 
l'épargne-retraite ou de l'assurance privée.


        Pourquoi cet ancrage de la cotisation dans le rapport Capital /
        Travail est essentiel ?

    * Les bénéficiaires de la Sécu jouissent d'un droit à prestation
      universelle, en tant que salariés. Qu'il soit chômeur, actif,
      retraité ou malade, le salarié est reconnu en tant que
      travailleur, comme ayant-droit de la sécurité sociale.
      *Cet aspect est fondamental car il pose comme principes :*
          o la solidarité entre travailleurs par la répartition
          o la responsabilité économique du patronat dans le financement
            de la Sécu
          o Il confisque aux hommes politiques la gestion d'une partie
            des revenues des travailleurs : le salaire socialisé. L'Etat
            intervient par l'impôt dans une logique assistantielle
            d'aide aux plus pauvres. Grâce à la cotisation, il n'y a pas
            de " pauvres " mais des " salariés inactif ", dont le revenu
            est maintenu. Si le patronat estime que les salariés
            inactifs (au sens de production de valeur marchande) pèsent
            trop financièrement, charge à lui de les réemployer tout en
            respectant les tarifs salariaux négociés dans les
            conventions collectives.
    * La cotisation est une arme économique au service des travailleurs.
      Elle permet, à hauteur de 300 milliards d'E par an, de financer
      les retraites, les allocations familiales, les remboursements de
      frais médicaux de millions de salariés. Elle est strictement
      indexée sur le salaire net, et suit donc son évolution. L'arrêt
      des exonérations de cotisations est dors-et-déjà une urgence. Mais
      lorsqu'on voit la part du PIB consacrée au travail (donc aux
      salaires) incessamment rongée par le capital, on comprend qu'il
      faut massivement augmenter les salaires donc les cotisations.

En tant que révolutionnaires, nous ne nous contenterons pas de maintenir 
le statu-quo de comptes " équilibrés " de la sécu. Les richesses 
produites dans les entreprises sont le fruit de l'activité des 
travailleurs, elles doivent donc leur revenir ! Le salaire (net + 
socialisé) est un levier pour se réapproprier notre dû.


      Tout est à nous ! Rien n'est à eux !
      Tout ce qu'ils ont, ils nous l'ont volé !


    NOS REVENDICATIONS SUR LA PROTECTION SOCIALE:

    * Refus de l'étatisation de la sécu, c'est à dire de sa gestion par
      l'état et de son financement par l'impôt
    * Aucune exonération de cotisation patronale et remboursement des
      dettes de l'état et des entreprises à la sécu les cotisations
      sociales (Sécu, UNEDIC) font partie de notre salaire, salaire
      socialisé pour permettre à tous les salariés d'être protégés
      contre le chômage, la maladie et la vieillesse. Aussi, toute
      baisse ou exonération des cotisation patronale, non seulement vide
      nos caisses de protection sociale, mais en plus participe à la
      baisse de nos salaires.
    * Préservation du principe fondateur de la sécu: une solidarité
      horizontale entre travailleurs " De chacun selon ses moyens, à
      chacun selon ses besoins ".
    * Autogestion des caisses par les salariés eux-même (exclusion du
      patronat et refus du paritarisme) grâce à des élections directes
      de leurs représentants (sur des mandats précis, révocables à tout
      moment). Abolition des ordonnances de 1967.
    * Création pour chaque branche d'une caisse universelle pour tous
      les travailleurs ( y compris les femmes aux foyers, les sans
      papiers, les personnes handicapées&)
    * Création d'un régime unique avec une harmonisation vers le haut
      pour mettre fin au corporatisme et aux inégalités entre les régimes
    * Contrôler les dépenses en menant une meilleure politique du
      médicament (rappel : les 9 plus grandes industries pharmaceutiques
      du monde ont un taux de rendement après impôt de 45% !!!)
    * Réduction massives du temps de travail, travailler tous, moins et
      autrement (augmenter le nombre de salarié sachant que 1% de masse
      salariale = 3 milliards d'E supplémentaires de cotisation pour la
      sécu). Le chômage est une aberration de la société capitaliste.
      Alors que les progrès techniques pourraient nous permettre de
      vivre tous mieux, on en arrive à ce paradoxe : d'un côté des
      chômeurs qui crèvent de ne pas pouvoir travailler, de l'autre, des
      travailleurs qui crèvent de bosser trop. Réduire le temps de
      travail, c'est permettre aux travailleurs de profiter de la vie,
      et aux chômeurs d'avoir un emploi. Il est clair que cette baisse
      du temps de travail doit se faire sans baisse de salaire et sans
      flexibilité.


      Finalité révolutionnaire de la CNT :

Licenciements, chômage, misère et exploitation ne pourront être abolis 
que par l'abolition du capitalisme. Aussi, nous réaffirmons que la 
finalité de notre syndicalisme est la Révolution sociale : expropriation 
des capitalistes, gestion des entreprises et de la société par les 
travailleurs eux-mêmes, socialisation des moyens de production, partage 
égalitaire des richesses selon le principe « de chacun selon ses 
capacités, à chacun selon ses besoins », etc. Bref, construire une autre 
société, communiste et libertaire, où le travailleur ne sera plus 
l'esclave salarié du capital, mais enfin maître de sa destinée, gérant 
la production et les services, non plus pour augmenter les profits d'une 
minorité, mais pour répondre aux besoins de l'humanité.

-- 
Patrick




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