[CNT Contacts.38] loi liberticide contre internet

Patrick patbakou at cnt-f.org
Sam 8 Mai 11:29:27 CEST 2004


-----Message d'origine-----

De : propagande-bounces at propagande.org 
http://propagande.org/cgi-bin/mailman/listinfo/propagande


Salut à toi, le flic qui bientôt me lira

Salut à toi, le délateur qui retrouvera enfin bientôt la glorieuse 

époque de la France milicienne

Salut à toi, le staracadémicien enfin rassuré sur la régence établie 

des majors sur les circuits de diffusion culturels


Salut et merci à tous d'être là pour assister à l'enterrement de ce 

lieu de dépravation qu'était cet Internet prétendument libre, truffé 

de sans-cravattes qui se riaient des lois et des impératifs du Grand 

Marché Mondial.


L'exécution s'est bien passée, merci à tous de votre discrétion et de 

votre fair-play.


Le Net est mort, que vivent à jamais dans nos mémoires ces glorieux 

jours de Mai où, le CD-ROM à la boutonnière, les représentants élus du 

peuple ont su faire comprendre à ce dernier que le premier droit en 

matière d'expression était celui de s'en passer.


Hier la LEN (Loi de confiance dans l'Economie Numérique) a été 

définitivement adoptée par l'Assemblée Nationale, sur la base du texte 

amendé par la commission mixte Assemblée Sénat. Elle sera de nouveau 

présentée au Sénat la semaine prochaine, et bien entendu votée aussi 

par le Parti Unique régnant. Avec bien sûr quelques coups de gueule 

opportunistes des rosatres, verdatres et autres oublieux de leurs 

propres responsabilités passées dans la genèse des lois sécuritaires 

en matière d'Internet (cf la LSQ du Sieur Jospin, digne précurseur 

amnésique de la clique Raffarin).


Aujourd'hui le mail n'est plus de la correspondance privée.

Aujourd'hui les hébergeurs sont co-responsables des contenus qu'ils 

hébergent.

Aujourd'hui le poujadiste nostalgique peut se laisser aller à la 

délation des contenus "litigieux" mis en ligne par son voisin.

Aujourd'hui la prescription des articles de presse en ligne n'existe 

plus.

Aujoud'hui la police peut me solliciter directement sans passer par la 

case "juge" pour obtenir des informations (Loi Perben 2)


Aujourd'hui ce texte même pourrait m'attirer des ennuis, est-il 

vraiment raisonnable de l'écrire... ?


Demain (dans le courant du mois de juin), je serai  obligé de me 

renseigner sur l'identité et les coordonnées précises de chaque 

personne à qui j'ouvre une boîte mail, dans les mêmes conditions que 

lors d'une ouverture de compte d'hébergement.


Je devrai conserver des traces des mails échangés et plus généralement 

de tout ce que les uns ou les autres des utilisateurs de mon service 

feront sur mes serveurs.


Je devrai mettre à l'accueil de Propagande un lien vers un formulaire 

permettant aux bons français de se plaindre des sites que j'héberge.


Je devrai informer le procureur de la République de toutes les plaintes 

que je recevrai.


Je devrai être capable de déterminer si les plaintes que je reçois sont 

justifiées, et décider si besoin de couper l'accès aux contenus 

incriminés.

Je ferai ce choix sur la base des emmerdes que je risque si je ne le 

fais pas (un an de prison), ma profession est finalement plus risquée 

que celle des véritables auxiliaires de justice.


Je devrai accorder un droit de réponse aux pauvres gens dérangés par 

les horreurs qu'ils lisent sur les sites que j'héberge.


J'aimerais pouvoir écire "Poisson d'Avril !"... mais on est en mai.

J'aimerais rêver de plus glorieux mois de mai... mais ma capacité de 

remontée dans le temps se bloque à 1984.

J'aimerais dire "On s'en fout, on les emmerde !"... mais ce petit 

plaisir vaut-il un an de taule ?

J'aimerais croire à la grande unité de l'Internet Non Marchand et à son 

soulèvement comme un seul internaute... mais j'ai perdu mes illusions.


Alors ?


Savoir et faire savoir dans quel monde on vit. 

Diffuser l'info sur ces débordements sécuritaires de la prégnance du 

profit sur le droit et l'expression.

Inciter le plus de monde possible à la résistance légitime et, si 

besoin est, à l'insoumission.

Rappeler que d'évidence ce n'est pas par le réformisme bon ton que l'on 

protège sa liberté, quand elle n'est que l'enjeu d'une partie de 

Monopoly dont nous ne sommes que les pions.


Vous avez des sites web ou des journaux ? Ecrivez !

Vous avez des micros ? Gueulez !!

Vous avez des scènes ou des tribunes ? Hurlez qu'on vous entende 

juqu'au dernier rang !!!


Qu'il ne reste pas un citoyen qui ne se soit débarassé de cette 

étiquette pour simplement se déclarer individu, libre de dire et faire 

ce qu'il veut où il veut sans risquer de se faire écrabouiller par les 

intérêts économiques des lobbys qui prétendent nous gouverner.


No-Log sera bientôt illégal

Propagande.org se fera peut-être fermer à coups de réferrés bien menés 

par quelques maisons de disques qui ne craignent pas autant que moi 

les frais de justice.

Le juke-punk vivra le temps de déranger suffisamment pour avoir de 

bonnes raisons de disparaître.

De nombreux autres opérateurs alternatifs finiront peut-être par 

abandonner, dans l'indifférence totale de leurs utilisateurs persuadés 

du bon droit de la lutte contre d'hypothétiques pédo-nazis virtuels.


Mais qu'il ne soit pas dit que nous n'aurons pas ouvert notre bouche 

avant, tant qu'aucune loi ne propose de nous la coudre avant la 

naissance. 


Si le coeur vous en dit, si un lieu s'y prête, si une date est 

envisageable, si vous avez envie,..., je ne rêve aujourd'hui que d'une 

chose : une occasion de prouver à tous ceux qui voudraient nous faire 

taire qu'il va falloir commencer par nous apprendre à baisser le 

volume, et prouver qu'il est bien vrai que si les kids sont unis...


Et puis tiens, au passage, pourquoi pas un petit concert de soutien à 

Universal, en bons internautes repentants que nous sommes, histoire de 

pouvoir leur offrir en grande pompe une gerbe à la mémoire de 

l'Internet ?


Enfin bref, la seule idée insupportable serait de ne pas réagir. Parce 

que cette fois-ci la coupe est plus que pleine, et pour ma part soit 

ça bouge un tant soit peu dans les mois qui viennent, soit  je replie 

tout et je passe à autre chose de plus excitant.


Voilà, j'espère que ce petit billet d'humeur maussade ne vous aura pas 

trop gonflés.


Have Fun !... tant qu'il en est temps

Erick Propagande
Le 7 mai 2004

-- 
retransmis par Patrick




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