[CNT Infos 38] Lettre ouverte de la CNT à Monsieur Bernard Cazeneuve, Ministre de l’intérieur

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Dim 24 Avr 18:00:20 CEST 2016


Source:
http://www.cnt-f.org/59-62/2016/04/lettre-ouverte-de-la-cnt-au-ministre-de-l-interieur/

Lettre ouverte de la CNT à Monsieur Bernard Cazeneuve, Ministre de l’intérieur


Copies adressées à :

– Monsieur le Ministre de la justice, Jean-Jacques Urvoas
– Monsieur le Premier ministre, Manuel Valls
– Monsieur le Président de la République, François Hollande

Fait à Metz, le 23 avril 2016

Objet : Inquiétudes de la CNT suite au saccage de ses locaux syndicaux à
Lille

Monsieur le Ministre,

Comme vous le savez, ce mercredi 20 avril 2016 à Lille, les forces de
police ont pénétré dans les locaux de l’Union locale des syndicats CNT, dans le
cadre, selon le procureur de la République, d’une procédure de flagrant
délit visant à interpeller des individus accusés de violences lors de
la manifestation qui s’est déroulée le même jour à Lille contre la loi
Travail.

Cette intervention, nous vous le rappelons, a suscité notamment le
défonçage de la porte de nos locaux syndicaux, le saccage d’une partie
de notre matériel syndical, ainsi qu’une fouille approfondie de nos
locaux syndicaux.

Si nous condamnons avant tout la violence employée ce jour-là par les
forces de l’ordre dans le cadre d’une procédure dont la légitimité et la
légalité restent à déterminer, les événements survenus ce 20 avril 2016
à Lille soulèvent de nombreuses interrogations qui relèvent directement
de vos responsabilités au sein du gouvernement.

Tout d’abord, nous vous rappelons avec insistance que c’est bel et bien
au sein d’un local syndical, légalement déclaré et constitué, que les
forces de l’ordre sont intervenues, constituant ainsi une première en
France dans un tel cadre.

Nous ne pouvons que considérer le fait de défoncer la porte d’un local
pour interpeller deux individus, qui n’ont opposé aucune résistance lors
de leur arrestation, comme une volonté politique de réprimer et de
terroriser les militants syndicalistes.
Nous condamnons donc fermement cette intervention qui s’inscrit dans une
longue liste de décisions politiques visant à criminaliser les
organisations syndicales, ainsi que le mouvement social dans son
ensemble.

En effet, après les nombreuses violences policières avérées à l’encontre
de manifestants pacifiques opposés à la loi Travail, après les
nombreuses interpellations ciblées et condamnations de militants
syndicaux ces dernières semaines, la répression à l’encontre des
syndicats vient de franchir ce mercredi un nouveau seuil de gravité.

D’autre part, puisqu’il semble utile de vous le préciser, les locaux
syndicaux constituent bien des lieux qui appartiennent à des travailleurs
exerçant des libertés démocratiques afin de défendre leurs intérêts,
matériels et moraux.
Par conséquent, le saccage du matériel syndical de la CNT par la police
nationale constitue bien une dégradation directe et scandaleuse de
l’outil autofinancé de salariés, de précaires, de chômeurs, ou encore
de retraités, dont la précarité et la légitimité des luttes sociales
n’est pas à démontrer.

Pire encore, nous tenons à vous indiquer qu’après l’interpellation des
deux individus présumés innocents dans nos locaux, qui n’a duré que
quelques instants, les forces de police ont longuement fouillé notre
local syndical et cela sans la présence des représentants légaux de
l’Union locale des syndicats CNT de Lille et sans témoins.
Durant cette fouille, les policiers ont notamment eu accès à des
documents confidentiels internes au syndicat ou relevant, entre autres,
de procédures prud’homales concernant la défense de salariés face à
leurs employeurs.
Alors que de telles pratiques semblent bien éloignées de la procédure
de flagrant délit invoquée par la procureur de la République de Lille,
elles constituent une entrave inadmissible au libre exercice du
syndicalisme et à l’indépendance de la justice.

Ainsi, au regard de la gravité de ces éléments et du caractère
historique d’une telle intervention dans un contexte social tendu,
nous nous interrogeons vivement.
Les structures locales de la CNT, comme l’ensemble des organisations
syndicales doivent-elles désormais s’inquiéter de voir les forces
répressives de l’État pénétrer violemment dans leurs locaux au mépris
de toute éthique démocratique ?

Doivent-elles s’inquiéter de voir le libre exercice de leur activité et
sa légalité être remis en question ?
Au-delà, les travailleurs qui font le choix légitime de se syndiquer
doivent-ils désormais craindre d’être fichés ou violentés lorsqu’ils
se rendent dans les locaux d’une organisation syndicale dont le rôle
est de les protéger ?

Quoi qu’il en soit, Monsieur le Ministre, soyez assurés que ni la
répression policière, ni l’intimidation des travailleurs syndiqués,
ni la criminalisation politique du mouvement social n’ébranleront
la détermination de la Confédération Nationale du Travail à obtenir
le retrait total de la loi Travail, à lutter contre la destruction
méthodique des acquis sociaux et la précarité, et à obtenir la levée
de l’état d’urgence qui favorise indéniablement un climat propice aux
violences policières et à la répression du mouvement social dans
son ensemble.

Ne doutant pas de votre attachement au respect des valeurs démocratiques
et notamment au libre exercice des libertés syndicales, et alors que
nous restons dans l’attente d’un positionnement public de votre part
vis-à-vis de nos interrogations, veuillez recevoir nos plus sincères
salutations anarcho-syndicalistes et syndicalistes révolutionnaires.

pour le Bureau Confédéral,
le Secrétaire confédéral,
Aurélien E.





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