[CNT Infos 38] Fwd: Article Henri Sterdyniak, analyse des mesures annoncées par M. Edouard Philippe, Réforme des retraites

CNT 38 ul38 at cnt-f.org
Mer 11 Déc 23:00:43 CET 2019


Salut,

s'il fallait encore persuader certain.e.s de l'enfumage, prenez le temps 
de lire l'argumentaire ci-dessous.

Toutes et tous en grève et dans la rue! Les préavis de grève, TOUS 
SECTEURS CONFONDUS courent au moins jusqu'au 5 janvier.

Manifestation demain jeudi, RDV à 10h gare de Grenoble

Autres RDV de lutte sur notre site et dans les AG que l'on vous invite à 
rejoindre.


A très vite dans la rue!


La CNT 38



https://blogs.mediapart.fr/les-economistes-atterres/blog/111219/retraites-quand-edouard-philippe-semmele?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-66&fbclid=IwAR0as_NzHlPlNW-TuV0sS9C1p-oxfHAh0zU_RoTvqWVoxmZk43cIzGhg8B0


  Retraites : quand Edouard Philippe s'emmêle...

  * 11 déc. 2019
  * Par Les Économistes Atterrés
    <https://blogs.mediapart.fr/les-economistes-atterres>
  * Blog : Le blog de Les Économistes Atterrés
    <https://blogs.mediapart.fr/les-economistes-atterres/blog>

/*Henri Sterdyniak analyse les mesures annoncées par Edouard Philippe. 
Elles n'ont qu’un but : affaiblir le mouvement social qui monte face à 
une réforme qui baisse les pensions, retarde les départs à la retraite 
et fragilise le système de retraite. */

Comme on pouvait s’y attendre, Emmanuel Macron et son gouvernement 
s’obstinent face à la colère et à la mobilisation de la masse des 
citoyens de notre pays. Les mesures annoncées par Édouard Philippe ce 11 
décembre n’ont qu’un but : affaiblir le mouvement social qui monte face 
à une réforme qui baisse les pensions, retarde les départs à la retraite 
et fragilise le système de retraite.

Pour briser la solidarité entre générations, Édouard Philippe n’hésite 
pas à partager les actifs en trois : les jeunes (nés après 2004) pour 
lesquels la réforme s’appliquera dès 2022 ; les personnes nées avant 
1975, qui seraient épargnées, donc jusqu’à leur prise de retraite (pour 
certains en 2037) ; et les personnes d’âges intermédiaires dont la 
retraite serait calculée en partie selon les nouvelles règles, en partie 
selon les anciennes (pour leur carrière jusqu’en 2025). D’ici 2037, les 
anciens régimes et le nouveau devront cohabiter. Ainsi, pendant 15 ans, 
les régimes existants actuellement vont être de plus en plus 
déficitaires, perdant les cotisations des entrants, et de plus en plus 
dans la main de l’État. Comment seront garantis les droits des salariés 
et retraités dans ces systèmes durant les 15 années de transition 
jusqu’en 2037 ?

Édouard Philippe ne s’est pas engagé clairement à ce que la valeur du 
point d’achat augmente bien comme le salaire moyen. Il s’est contenté 
d’assurer qu’elle sera au moins indexée sur les prix. L’indexation sur 
les salaires ne se ferait que progressivement. Aucune garantie n’a été 
donnée sur le taux de rendement (les 5,5% à l’âge pivot de 64 ans 
figurant dans le rapport Delevoye). Toutes les manipulations seront donc 
possibles d’autant que les premières pensions versées selon ces règles 
ne le seront qu’en 2027. Il est déjà prévu que cet âge pivot augmente 
progressivement, ce qui fera baisser automatiquement la retraite à 62, 
63 ou 64 ans.

Le minimum contributif de 1000 euros par mois serait mis en application 
dès 2021. Faut-il rappeler qu’il est déjà de 967 euros pour la masse des 
salariés du privé, qu’il devrait être de 85% du SMIC, soit 1023 euros 
selon la loi de 2003, que c’est la majorité actuelle qui a refusé que ce 
minimum s’applique dès 2019 aux agriculteurs, que ces 1000 euros ne 
s’appliqueront qu’à partir de 64 ans pour une carrière de 42 ans à temps 
plein, que la garantie de 85% du SMIC ne s’applique au mieux qu’au 
moment du départ et non tout au long de la retraite ? Au bout de 20 ans, 
une personne de 84 ans n’aura plus qu’une retraite de 70% du SMIC. Il 
restera donc beaucoup de petites retraites.

Le gouvernement dit renoncer à prendre des mesures d’urgence pour 
équilibrer le déficit imaginaire des régimes de retraite. Il prétend 
confier cette responsabilité aux partenaires sociaux dès 2021. L’exemple 
de l’assurance chômage est édifiant : le gouvernement tiendra les rênes 
pour imposer ses vues. Et celles-ci sont connues. Les partenaires 
sociaux devront obligatoirement faire passer progressivement l’âge du 
taux plein à 64 ans (qui devront être atteints en 2027), ceci en 
introduisant très vite une décote entre 62 et 64 ans, de sorte que tous 
les actifs actuels seront atteints : ils devront bientôt choisir entre 
travailler deux ans de plus ou subir une décote. Par ailleurs, le 
gouvernement ne donne aucune garantie sur les ressources du système. On 
a vu qu’il peut les manipuler à sa guise, en ne compensant plus les 
exonérations de cotisations sociales, en réduisant les cotisations sur 
les emplois publics. La possibilité d’augmenter les ressources (par 
exemple par hausse des taux de cotisation) n’est pas évoquée.

Contrairement à la propagande du gouvernement, ce seront les femmes à 
carrière heurtée qui seront les plus touchées par le passage à un 
système plus contributif. Toute heure non travaillée se répercutera sur 
la retraite. La majoration de durée d’assurance pour les mères sera 
supprimée.

Le gouvernement a annoncé un léger recul sur son projet initial : la 
majoration pour enfant élevé serait augmentée de 2% à partir du 3^ème 
enfant, mais les couples devront toujours faire un choix entre une 
majoration élevée pour le parent à plus forte retraite et une majoration 
faible pour l’autre (la mère généralement).

Les mesures de compensation de la pénibilité du travail restent très 
limitées. Le départ pourra être au mieux avancé de 2 ans, avec un 
dispositif individuel, compliqué (le compte professionnel de prévention) 
qui ne monte que très lentement en puissance.

Les promesses faites aux enseignants et autres fonctionnaires à faibles 
niveaux de prime restent là-aussi très insuffisantes. Il ne semble pas 
que le gouvernement soit disposé à dégager les 15 milliards nécessaires 
pour que leurs pensions ne baissent pas. Pire, ces faibles compensations 
seraient accordées sous forme de prime en échange de hausse de la durée 
du travail, comme si les enseignants ne faisaient pas déjà des journées 
pleines.

Enfin, les régimes des non-salariés pourront converger en 15 ans. On ne 
peut que s’inquiéter de la promesse du gouvernement de réduire 
l’assiette de leur CSG et de leurs cotisations sociales,au détriment 
encore une fois des ressources de la Sécurité sociale.

Deux points frappent à l’écoute du discours d’Édouard Philippe. D’une 
part, le Premier ministre est obligé d’avancer masqué, de rappeler 
l’attachement des français à la Sécurité sociale et à la retraite par 
répartition. D’autre part, il annonce une réforme compliquée, 
difficilement gérable, qui va abimer notre système de retraite.


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