[CNT] situation en Cote d'Ivoire: tract du groupe Afrique du secretariat international

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Lun 15 Nov 23:19:57 CET 2004


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Côte d'Ivoire, prévenir le pire et préparer l'avenir

Version PDF du tract: http://www.cnt-f.org/accueil/actu/CI041115.pdf (550ko)

Les récents évènements en Côte d'Ivoire ont fait couler beaucoup d'encre. Ils
ont attiré les feux des projecteurs, suscité un engouement sans précédent des
médias pour cette crise qui pourtant ne date pas d'hier. L'armée française tue,
Gbagbo réprime et assassine, la jeunesse au chômage pète les plombs, les
syndicats font profil bas, etc. Pendant ce temps-là, c'est le peuple ivoirien
qui souffre. Et la présence et l'attitude ambiguës de la France n'ajoutent
sûrement pas à la clarté de la situation.
Celui qui joue avec le feu doit gérer les incendies

La semaine dernière, le chef de l'État ivoirien lançait ses troupes à
l'offensive contre les bases des ex-rebelles et de leur fief de Bouaké, sous le
regard passif des troupes françaises de l'opération Licorne : Michèle
Alliot-Marie déclarait alors : « Nous sommes extrêmement préoccupés par le
mitraillage d'un barrage de contrôle à la sortie nord de Bouaké, par un avion
militaire. Nous surveillons avec la plus grande vigilance l'évolution de la
situation et faisons actuellement le point sur le terrain. ». La préoccupation
pour les milliers de vies en jeu des « pauvres Ivoiriens » est devenue
indignation pour la mort de neufs soldats français. Et l'opération Licorne s'est
tout d'un coup trouvé les moyens de détruire les avions du gouvernement ivoirien
qui pilonnaient - et donc tuaient des gens- depuis deux jours la ville de Bouaké.
Cette situation que le Quai d'Orsay se plaint d'avoir à gérer, il en est le
premier responsable. Car lors du soulèvement armé du 19 septembre 2002, la
France a immédiatement envoyé des troupes s'interposer entre rebelles et forces
gouvernementales, protégeant ainsi le régime en place. Et depuis, occupant la «
zone de confiance » elle a tranquillement laissé Gbagbo se réarmer en achetant
des armes notamment en Europe de l'Est. En voulant jouer son rôle habituel de «
puissance coloniale gérant les querelles de ses enfants agités », la France a
joué avec le feu et se retrouve aujourd'hui coincée dans l'incendie. S'il est
évident qu'elle doit partir le plus vite possible et laisser enfin les Africains
décider de leur sort, il faut tout de même en préciser la manière : en 1994 au
Rwanda, l'État a déjà fait le coup d'évacuer ses ressortissants, puis de laisser
son armée superviser le génocide des populations Tutsis. Si la situation sentait
trop le brûlé en Côte d'Ivoire, pourquoi hésiterait-elle à partir d'un instant à
l'autre, laissant les populations en proie à une terrible guerre civile et
surtout au retour des massacres de populations sur des bases ethniques. Car
n'oublions pas que l'une des raisons principale de la crise ivoirienne est le
concept d'ivoirité prônée par le gouvernement Gbagbo qui, à l'image de la
préférence nationale de l'extrême droite française, souhaite diviser la
population entre vrais et faux ivoiriens. Ce droit du sang a déjà provoqué des
massacres sur la base de patronymes aux origines soi-disant maliennes ou
burkinabés. Un départ de la France sans alternative, et surtout sans
remplacement par une force d'interposition autre, serait la porte ouverte à des
meurtres aux allures génocidaires dans toutes les zones sous contrôle des
milices pro gouvernementales. Il est temps que la France parte, ce qui
empêcherait Gbagbo de tenir un discours nationaliste et anti-colonial
opportuniste pour renforcer son pouvoir meurtrier et éviterait à des jeunes
d'aller se faire trouer la peau par l'armée française pour un dictateur
xénophobe. Mais il faut pour cela que ses troupes soient remplacées par des
forces moins partiales et moins mouillées dans le conflit.
Sortir de la crise, quelles solutions immédiates ?

La situation est très complexe. Pourtant, il est une possibilité que peu d'États
occidentaux osent avancer tant elle met en danger leurs politiques impérialistes
: laisser les peuples africains décider de leur sort et par conséquent laisser
l'Union Africaine gérer la crise ivoirienne par elle-même, en évacuant la main
coloniale. Et s'il y a nécessité d'un soutien matériel ou logistique, qu'il soit
le fait de l'Onu mais sans prérogatives politiques. Certes, l'UA n'est pas une
panacée, loin de là mais lui confier les rênes de la gestion de la crise
ivoirienne serait un signe fort vers : l'indépendance réelle de l'Afrique,
l'évacuation de la France et la fin du mythe de l'Africain sauvage ayant besoin
d'être secondé. En outre, dans le cas ivoirien, il faut noter que c'est l'UA qui
a obtenu le plus de progrès avec notamment les accords d'Accra III de juillet
2004 - Kofi Annan et une douzaine de chefs d'états africains, hors de la
présence de la France, avaient alors convoqué au Ghana les protagonistes
ivoiriens pour sortir de l'impasse.
Ces accords constituent d'ailleurs une base solide d'un retour à la normale en
Côte d'Ivoire car ils prévoient en particulier l'adoption d'une série de projets
de lois (réforme de la nationalité, de la commission électorale indépendante, du
régime de la presse, du code foncier, etc.) à même de régler bien des causes du
conflit. Associés aux accords de Marcoussis et aux conclusions du Forum de
réconciliation nationale ivoirien de 2000, ils sont un socle commun sur lequel
le G7 - qui regroupe 7 partis d'opposition- et des modérés du FPI, pourraient
malgré leurs limites, sous la direction du premier ministre Seydou Diarra
conduire rapidement le pays sur la voix d'un retour au calme et aux libertés. Ce
qui sous-entend bien évidemment que le mieux serait que Gbagbo ne soit plus chef
de l'État, sa personnalité étant bien trop entachée par ses retournements de
vestes réguliers et sa politique sanguinaire. À l'image de l'assassinat du
camarade syndicaliste étudiant et révolutionnaire Abib Dodo le 23 juin dernier
par les jeunes miliciens de Gbagbo (cf le communiqué de presse de la CNT à ce
sujet).

Enfin, nous insistons pour que soient immédiatement rétablis les droits minimums
de toutes et tous :

     * la liberté de la presse doit être garantie et les médias détruits par les
milices pro gouvernementales aidés dans la reconstruction de leurs infrastructures;
     * les auteurs de crimes politiques doivent être recherchés et poursuivis;
     * les syndicats, associations et partis politiques doivent retrouver toute
latitude d'action et de parole dans la limite acceptable de la provocation à la
haine raciale et de l'appel au meurtre politique;
     * l'eau, l'électricité et le téléphone coupés par le gouvernement Gbagbo
dans les zones rebelles doivent immédiatement être rétablis, de même qu'une aide
humanitaire (médicaments et nourriture) gratuite et sans conditions apportée à
la population.

N'oublions pas
L'origine économique de la crise

Il faut absolument évoquer l'importance des principales ressources du pays – le
cacao et le café – à l'origine du boom économique et de l'attractivité de la
Côte d'Ivoire pour des millions de travailleurs des pays voisins (25% de la
population ivoirienne est d'origine étrangère). Avec les chutes du cours du
cacao et du café en 1993, la pression démographique et territoriale a amené les
dirigeants ivoiriens, dès Konan Bédié, à inventer de toutes pièces un concept
pour résoudre le problème des terres et plantations : l'ivoirité, qui stipule
notamment que les terres ne peuvent appartenir qu'aux vrais Ivoiriens de souche…
La politique d'exploitation intensive – et de pillage –instaurée par les
capitalistes occidentaux a montré ces limites et ce sont les travailleurs qui en
ont payé les frais, avec comme dans chaque crise la montée de la xénophobie et
des tendances fascisantes.
La responsabilité historique de la France

Il n'est pas fini le temps des colonies. Malgré les apparences et les fausses
indépendances, la France veut continuer à mettre à la tête des pays africains
des pantins à sa botte. Marchés économiques et intérêts géopolitiques en
arrière-fond
La doctrine de l'ivoirité

Inventé par Bédié, ce concept raciste a été repris comme fondement de son
pouvoir par Gbagbo. C'est la cause principale des évènements actuels qui a déjà
provoqué des massacres de populations (charnier de Yopougon) sur des bases
ethniques.
Les causes économiques et sociales

Le FMI et la Banque mondiale imposent depuis des années des privatisations de
tous les services publics en Afrique, appauvrissant les populations et aggravant
le chômage notamment chez les jeunes.
Les liens encore récents de Gbagbo et du PS

Malgré les déclarations de François Hollande contre Gbagbo, par ailleurs
contestées au sein du Parti socialiste, les deux partis restent toujours membres
de la même internationale
Le peu de crédibilité de l'opposition ivoirienne
Ouattara du RDR fut il y a peu cadre du FMI ; le PDCI est l'ancien parti unique;
les orientations sociales et politiques des Forces nouvelles sont peu visibles
Luttons ensemble pour :

     * la reconstruction d'un syndicalisme de classe qui défende les
travailleurs sur des bases économiques et sociales et non ethniques ou religieuses
     * la décolonisation économique de la Cote d'Ivoire et de l'Afrique en
général par le retour au service public des entreprises privatisées et vendues
aux entreprises occidentales (Bouygues, Bolloré, Pinault, etc.) ainsi que le
respect des mêmes normes de travail pour tous les ouvriers de ces
multinationales, où que leurs filiales soient situées.
     * la lutte contre les réseaux de corruption de la Françafrique et le
soutien de l'État français aux dictateurs
     * le développement d'un réseau de solidarité internationale associatif et
syndical
     * l'abolition immédiate et sans conditions de la dette des pays dits du
tiers monde

Pour tout cela, rendez-vous à la Quinzaine des résistances africaines organisée
par un collectif de syndicats et d'associations français et africains en
contrepoint du sommet de la francophonie à Ouagadougou au Burkina Faso. La CNT
vous invite par ailleurs à lire, acheter, vous abonner et diffuser la revue
Afrique XX1 qu'elle co-anime avec d'autres associations (Survie, Cofanzo, Addl,
Cadtm, Aircrige, Mirau, etc.)

Pour aller plus loin :

     * http://democraci.org dont les analyses sur la crise ivoirienne sont très
intéressantes
     * http://clevybosio.free.fr/aircrige/accueil.html, site de l'association
Aircrige avec un dossier sur la crise ivoirienne et notamment l'ivoirité et la
xénophobie
     * http://www.prevention-genocides.org, sur l'origine et le développement de
l'ivoirité et les risques de génocide
     * http://fr.news.yahoo.com/041108/295/44t8u.html, une interview très
intéressante de F-.X. Verschave, président de l'association Survie


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