[CNT] com conf :Sébastien Briat, notre camarade, est mort en agissant pour faire entendre ses convictions

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Mer 24 Nov 18:00:06 CET 2004


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Paris, le 24 novembre 2004
 
Communiqué de presse suite à l'accident d'Avricourt du dimanche 7 novembre
lors du blocage du train de déchets nucléaires.

Sébastien Briat, notre camarade,
est mort en agissant pour faire entendre ses convictions.

Le sept novembre 2004, Sébastien Briat, 22 ans, est mort renversé par la
locomotive d'un convoi de déchets nucléaires partant vers l'Allemagne.
Quelques semaines auparavant il s'était décidé avec plusieursd'entre nous
à agir pour rendre publique la vulnérabilité d'un tel convoi. Le fait qu'il
soit mort ne doit pas faire oublier que cette action était non violente,
réfléchie et volontaire. Contrairement à ce que ce drame peut laisser
transparaître, en aucun cas notre acte était irresponsable et désespéré.
Notre engagement est le fruit de convictions profondes quant au danger
certain et réel que représente le nucléaire depuis trop longtemps. Cette
action était parfaitement planifiée, collectivement, incluant des repérages
précis des lieux, et en respectant des procédures d'arrêt éprouvées. Nous
avions longuement envisagé toutes les possibilités y compris un non arrêt
du convoi. Placés en sortie de courbe, nous pouvions être amenés à quitter
les rails très rapidement, du fait d'une visibilité réduite. Nous étions
quatre couchés sur les voies ayant chacun un bras passé de part et d'autre
d'un tube d'acier glissé sous le rail extérieur de la voie permettant ainsi
un départ d'urgence plus rapide. En aucun cas nous n'étions cadenassés et
nous avions la possibilité de nous dégager rapidement de ces tubes.
Malheureusement l'équipe chargée de stopper le train 1500m en amont n'a pas
pu agir ; l' hélicoptère de surveillance précédent en permanence le convoi
étant absent, « parti se ravitailler en kérosène » ; or cette équipe
comptait essentiellement sur sa présence qui signalait l'arrivée du train.
Enfin, conformément à ce qui était convenu, les stoppeurs ont renoncé à
arrêter le convoi car il était accompagné de véhicules de gendarmerie le
précédent à vive allure sur le chemin les séparant de la voie. Le convoi
est donc arrivé à « 98 km/h » selon le procureur, n'ayant pu être arrêté 
par
les militants ni averti par l'hélicoptère. Ces multiples causes réunies
nous mettaient en danger. De ce fait, les personnes couchées sur les rails
n'ont bénéficié que de très peu de temps pour s'apercevoir que le train
n'avait pas été stoppé et par conséquent n'avait pas réduit son allure.
Nous nous étions entraînés à une évacuation d'urgence de l'ordre de
quelques secondes. Sébastien à été percuté alors qu'il quittait les rails,
et en aucun cas, son bras n'est resté bloqué à l'intérieur du tube. La
vitesse de l'événement nous a dépassé et personne parmi nous n'a eu le
temps de lui venir en aide. Avant que cela n'arrive, nous sommes restés dix
heures de suite cachés en lisière de bois à trente mètres de la voie, gelés
et ankylosés par le froid. Durant cette attente, nous n'avons pas été
détectés par le dispositif de sécurité, ni les guetteurs postés à une
quinzaine de kilomètres du lieu du blocage et chargés de nous prévenirde
l'arrivée du train, ni les stoppeurs chargés de l'arrêter, ni les bloqueurs
qui avaient préalablement installé les deux tubes sous le rail aux environs
de cinq heures du matin. Il est clair que la part de responsabilité de
chaque protagoniste doit être établie. Y compris la nôtre. Pour l'heure
nous sommes face à l'un des pires moments de notre existence. Malgré ce que
beaucoup de personnes peuvent penser nous avions des raisons certaines
d'être là. En premier lieu la sauvegarde de la planète, dont nous assistons
au déclin d'années en années, mais également le rejet de cet Etat
monolithique refusant toute remise en question. Nous n'avons pas décidé
d'arrêter ce train par immaturité ou par goût de l'aventure, mais parce que
dans ce pays, il faut en arriver là pour qu'une question de fond, enfin,
entre dans le magasin de porcelaine. Sébastien est mort par accident, il ne
l'a pas choisi, personne ne l'a souhaité. Il n'est pas mort au volant en
rentrant ivre de discothèque, mais en agissant pour faire entendre ses
convictions. Et c'est sans conteste pour cela que son décès ne sera jamais,
pour nous, un fait divers.
 
Face à une situation où nous étions si perdus, nous n'imaginions pas
recevoir tant de soutien. Nous remercions particulièrement amis et parents,
de nombreuses associations, mais également les milliers d'anonymes
allemands et français ayant organisé des manifestations et des
commémorations en sa mémoire. L'ampleur de la solidarité nous dépasse
autant qu'elle nous touche. Le plus important, nous semble de pleurer un
frère et de soutenir sa famille et non d' instrumentaliser son image.
Bichon était certes à la recherche d'un monde moins fou, mais avant tout un
jeune homme rempli de joie de vivre, d'énergie et amoureux des gens.

Ce communiqué veut rétablir la vérité des faits.
Il représente notre première et unique version des faits. Nous
souhaitons qu'il soit respecté pour sa famille et pour nous , ses 
compagnes et compagnons de route.




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