[CNT] Grenoble - 14 juin - film sur LIP et débat sur l'autogestion

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Dim 10 Juin 11:16:12 CEST 2007


AUTOGESTION : REPRENONS NOS AFFAIRES EN MAINS !

Projection du film "Les LIP, l’imagination au pouvoir" de Christian
Rouaud suivie d’une discussion.
Débat avec des adhérents de la CNT 38.

Jeudi 14 juin à 20h à GRENOBLE, 102 rue d’Allembert.

PAF libre

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« Les LIP, l’imagination au pouvoir » est un documentaire, thriller,
fresque historique qui raconte la grève ouvrière la plus emblématique de
l’après 1968.

Quelques extraits tirés du site http://www.liplefilm.com/lip/spip.php
?article70

Au départ, en avril 1973, quand Lip annonce aux quelque 1 300 salariés
que des licenciements vont intervenir dans l’entreprise d’horlogerie, le
syndicaliste ouvrier Charles Piaget se montre hostile à la grève. Il
préfère que ses camarades freinent le rythme des machines et celui des
mains ; mais « ils avaient tellement les cadences dans la peau que
c’était pas possible de ralentir ». Ils arrêtèrent de travailler dix
minutes par heure.

Ainsi commença la longue aventure des « Lip » qui, comme souvent dans
l’histoire des mouvements ouvriers, partit de revendications très «
raisonnables » (ne pas perdre son travail à une époque où le chômage
reste modeste) et, chemin faisant, découvre que (presque) tout est possible.

En mai 68, les étudiants des Beaux-Arts n’ont-ils pas imprimé des
affiches où on lit : « Ton patron a besoin de toi, tu n’as pas besoin de
lui » ? Justement, mai 1968, c’est hier en avril 1973. Lip, ce sera un
peu cette histoire qui recommence, mais sur son versant ouvrier et
autogestionnaire.

Refus d’instruire à charge et à décharge, maîtrise des choix
hagiographiques : l’accouchement de l’une des grandes utopies ouvrières
françaises du XXe siècle devient modèle de l’entreprise cinématographique.

Humble et ultime film d’entreprise, donc où pointe, à travers l’aventure
singulière des horlogers de Besançon - qui, il y a plus de trente ans,
firent un temps échec à leur extermination sociale planifiée - une
obsession déjà perçue dans l’unique incursion fictionnelle de Christian
Rouaud.

L’idée du film

A l’époque du conflit, en 1973, j’étais au PSU (1) à Choisy-le-Roi, dans
la banlieue parisienne. Comme mes camarades, je considérais que Lip
était notre lutte : après tout, les responsables de ce conflit étaient
tous membres du parti. Trente ans sont passés. J’avais l’idée de faire
un film sur les années 70. J’avais fait auparavant un film sur Bernard
Lambert, le fondateur des Paysans travailleurs, l’ancêtre de la
Confédération paysanne. Quand j’ai présenté mon film sur Bernard Lambert
à un public de jeunes, je me suis aperçu qu’ils sortaient de la
projection avec le sourire. Et pourtant, que d’échecs dans la vie et le
combat de Lambert ! Je me suis alors dit qu’il serait intéressant de
raconter Lip aux jeunes d’aujourd’hui.

La structure du film

Pour réaliser ce film, il fallait tresser ensemble trois fils : le récit
des événements, les portraits et enfin les idées politiques qui se
tapissent derrière. Mon monteur, qui est aussi mon fils, a été radical.
Il a coupé tout ce que lui, qui appartient à une autre génération, ne
comprenait pas.

(1) Parti socialiste unifié, favorable à l’autogestion et aux luttes
syndicales. La majorité, à la suite de Michel Rocard, rejoindra le PS en
1974.

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LIP. Jamais trois petites lettres n’avaient eu un tel impact sur la
société française.Trois petites lettres qui, à elles seules, résument le
fossé entre la France des années 1970 et celle des années 2000. Les
faits : en 1973, des salariés des usines horlogères LIP de Besançon
s’emparent de leur outil de travail et fondent un modèle coopératif basé
sur un slogan devenu célèbre : "C’est possible : on fabrique, on vend,
on se paie.". Cette unique incarnation des idées de Mai 68, qui va durer
plus d’une décennie, est avant tout une histoire humaine. Ecoutés avec
attention et respect, les acteurs de la lutte témoignent de cette
épopée, de leurs engagements et de ses répercussions dans leurs vies
privées. Dans un premier temps, si la forme apparemment convenue de la
réalisation ne laisse pas présager de surprise, la force des récits de
l’émotion toujours vive de huit d’entre eux, plus de trente ans après,
nous entraînent dans un lyrisme inattendu.

Les Lip

Nous sommes au début des années 70. Les employés de l’usine Lip, basée
près de Besançon et fine fleur de l’horlogerie hexagonale, se mettent en
grève. Un mouvement qui va non seulement se prolonger sur plusieurs
années mais aussi réinventer le principe même de la cessation de travail
puisque très rapidement les ouvriers vont prendre des décisions
totalement inusitées, comme celle (qui ne fera d’ailleurs pas tout de
suite l’unanimité) de vendre au public le produit de leur labeur pour
financer le mouvement.

La France entière vient voir les LIP, manifeste sa solidarité et leur
achète des montres, en répétant leur slogan, « C’est possible : on
fabrique, on vend, on se paie. » Claude Neuschwander, un proche de
Michel Rocard, prend la direction de l’usine début 1974. Un peu plus
d’un an plus tard, il a réembauché tous les LIP. Mais le gouvernement
Chirac lui coupe les vivres : février 1976, c’est la fin de l’usine Lip
de Palente.

Alors que, le 31 mars 1975, tous les Lip ont été réintégrés, que les
commandes affluent, que le réseau comprend cinq mille concessionnaires
bien implantés, l’entreprise se trouve confrontée à des difficultés
imprévues : certains fournisseurs refusent d’honorer leurs commandes, le
tribunal de commerce de Besançon contraint Lip à régler du jour au
lendemain les dettes de l’ancienne direction (contrairement aux
engagements pris), enfin, Renault, une entreprise publique, décide, pour
équiper les tableaux de bord de ses voitures, de ne plus se fournir chez
Lip, mais chez Jaeger, sans raisons apparentes… sinon la volonté, en
haut lieu, d’en finir à jamais avec un symbole.

On peut dire que l’épilogue de Lip marque les premiers signes de
l’offensive libérale dont les effets se font sentir aujourd’hui. On
commence à passer alors d’un capitalisme fondé sur un patronat plus ou
moins éclairé, (en tout cas soucieux de la bonne marche et du
développement de son entreprise) à un capitalisme financier, dominé par
des actionnaires pour qui seule compte la rentabilité immédiate des
capitaux. Avec les conséquences que l’on sait pour les travailleurs.

Imaginez qu’à la veille de la grève de 1973, la moitié des ouvriers de
Lip étaient syndiqués ! Cela fait rêver aujourd’hui, mais en même temps
c’était le fruit de dizaines d’années de travail de Charles Piaget et de
ses camarades, à travers des luttes partielles, des revendications
modestes, des affrontements sporadiques qui faisaient progresser dans un
même mouvement la prise de conscience et la syndicalisation. Et puis les
idées de 68 sont encore dans les esprits, avec ce que cela suppose
d’audace et d’imagination. « C’est possible », disaient-ils.

Qu’est-ce qui est possible aujourd’hui ? Je n’en sais rien, ce n’est pas
à moi de le dire. Beaucoup de choses ont changé depuis cette période, la
peur du chômage est passée par là, mais ce que disent les Lip c’est
qu’il n’y a pas de fatalité et qu’un groupe déterminé et solidaire peut
soulever des montagnes. Je pense que l’énergie dont ils font preuve dans
le film pourrait bien donner des idées.

Il y a d’autres alternatives contrairement à ce qu’on nous martèle
chaque jour (TINA, There is No Alternative)

Webographie :

- "LIP" sur wikipedia, l’encyclopédie libre autogérée :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Lip
- "Autogestion" sur wikipedia, l'encycloédie libre autogérée :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Autogestion
- Le site des pratiques autogérées : http://www.autogestion.coop/

Article consacré au film sur le site des pratiques autogérées :
http://www.autogestion.coop/spip.php ?article70

Mettre à nu ce conflit de classe fondamental ne fait pas pour autant «
De Lip, l’imagination au pouvoir » un film de propagande angélique où
tous les travailleurs seraient gentils et l’autogestion la chose la plus
naturelle du monde. L’intérêt du film réside aussi dans l’évocation des
questionnements, des problématiques inhérentes à tous ces projets
collectifs et émancipateurs. Que l’on travaille en autogestion dans une
structure de 10 salariés ou à près de 1000 répartis en ateliers
distincts, les difficultés de la gestion horizontale et démocratique se
posent également : comment faire participer un maximum de monde, éviter
le sectarisme et le machisme, ne pas laisser les leaders prendre trop de
place, permettre à ceux qui s’expriment moins facilement de participer
activement, faut il se payer pareil, etc ? tout y passe et certains des
leaders de faire part de leur désappointement lorsqu’ils réalisent
qu’ils ne sont pas indispensables ; d’autres d’évoquer ces « anonymes
bourrus et réfractaires au travail syndical mené jusqu’alors » se
révéler dans l’action être des individus de conviction sur qui il faut
savoir compter…

Dans la lutte des Lip comme ailleurs, ces questions se posent, et à Lip
comme ailleurs, il suffit de s’y coller pour y apporter des réponses,
mais en aucun cas partir du principe que c’est impossible.



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