[Liste-ftte] le productivisme tue aussi au Vénézuela

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Ven 8 Mar 12:03:22 CET 2013


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  L’assassinat de Sabino Romero
 Dans la nuit du 3  mars 2013 sur la route de Chaktapa, a été assassiné dans la Montagne du  Perijá (état de Zulia), le “cacique” (chef indien) yukpa Sabino Romero,  connu pour sa défense des droits du peuple yukpa.
 
 Depuis le 13 novembre 2003, date à laquelle le président Hugo Chavez annonça dans El Menito,  Lagunillas, la multiplication par trois de l’exploitation du charbon à  36 millions de tonnes annuelles dans les territoires habités par  différentes ethnies aborigènes, Sabino Romero forma partie des  communautés indigènes qui se mobilisèrent pour refuser les conséquences  sur ses territoires de l’expansion de la mégaminerie dans la région. La  lutte de Sabino avait pour objectif l’obtention de la démarcation et  titulariat des territoires indigènes. Pour obtenir cela il réalisa  différentes mobilisations, tant dans l’état de Zulia comme à Caracas,  utilisant différentes méthodes de lutte, comme l’action directe et  l’occupation de terres indigènes aux mains des éleveurs de bétail.
 Les niveaux d’autonomie de Sabino Romero  dans sa lutte motivèrent une stratégie partagée entre tous les facteurs  de pouvoir régionaux et nationaux intéressés à continuer l’exploitation  des terres indigènes. En 2009, deux communautés, l’une d’elles avec  Sabino Romero, occupèrent une ferme en Chaktapa, Zulia, pour dénoncer le  blocage du processus de démarcation. L’exécutif national mis en place  une stratégie pour diviser les occupants, et dans un acte très obscur,  trois indigènes furent assassinés. Cela fut l’excuse parfaite pour  reprendre militairement la ferme et criminaliser Sabino Romero, qui  resta 18 mois en prison accusé d’homicide pour ce fait… Pendant ce  temps, les éleveurs de bétail l’accusaient d’être un voleur de bétail et  les moyens d’information privés de la région intensifiaient la guerre  sale contre la lutte indigène, avec l’appui de leurs alliés à Caracas :  le ministre de l’Intérieur et de la Justice, Tareck El Aissami, et la  ministre des peuples indigènes, Nicia Maldonado. Et pendant que le  chavisme autocratisé faisait distraction sur la lutte indigène avec  délations, excuses et spectacles médiatiques chaque 12 octobre, d’autres  secteurs du chavisme isolaient Sabino Romero et les yukpas de la  solidarité d’autres mouvements sociaux et révolutionnaires indépendants  du contrôle de Miraflores, le Palais Présidentiel. La stratégie, depuis  tous ces fronts, était réalisée par tous et pour chacun des  bénéficiaires de l’économie primaire exportatrice de minéraux et énergie  dans le pays.
 L’assassinat d’un militant yukpa est  déguisé sous des versions officielles qui tentent de cacher les vrais  responsables. Ces versions sont amplifiées par le journal officiel Panorama,  connu pour ses généreux encarts publicitaires reçus par les  corporations de l’État PDVSA, Corpozulia et Carbozulia, et avalisées par  les organismes policiers et militaires, les mêmes qui ont harcelé les  communautés indigènes de la Montagne du Perijá en complicité avec les  éleveurs de bétail de la zone. Il est très significatif que le plan  d’assassinat que Sabino avait dénoncé ait été perpétré maintenant que  l’État de Zulia est sous le contrôle politique des bolivariens. Comme  dans le cas d’autres militants sociaux assassinés, les scandales  médiatiques officiels seront une carte blanche pour l’impunité.
 La lutte de Sabino Romero affrontait, de  fond, le modèle de développement basé sur l’extraction et  commercialisation de ressources pétrolières, de gaz et de minéraux sur  le marché mondial, rôle assigné au Venezuela par la globalisation  économique. Le capitalisme pétrolier étatique laisse de côté les  conséquences sur le milieu naturel, de même que sur les communautés  paysannes et indigènes. La vraie cause de l’arrêt de la démarcation et  dévolution des terres indigènes est que dans ces terres se trouvent les  ressources minérales pour être exportées. C’est pour cela que la  résistance de Sabino était une résistance au modèle extractif. C’est  pour cela qu’il fallait le faire disparaître, de n’importe quelle  manière. C’est pour cela qu’il y a déjà 13 yukpas morts, assassinats  restés impunis jusqu’à aujourd’hui. Et comme le démontra le jugement  contre les organisations qui apportaient leur appui à cette lutte  (Homoetnatura et Provea), il fallait leur enlever tous les appuis  possibles.
 Depuis El Libertario, nous  dénonçons l’assassinat de Sabino Romero et nous continuerons à diffuser  les luttes indigènes et les luttes sociales avec des niveaux  d’autonomie. Sabino forme partie maintenant de la liste de combattants  assassinés pendant le gouvernement bolivarien pour défendre leurs  droits, à coté de Mijaíl Martínez, Luis Hernández, Richard Gallardo et  Carlos Requena.
 L’unique polarisation sociale et  politique que nous les anarchistes nous reconnaissons est celle qui  existe entre ceux qui gouvernent et ceux qui obéissent, entre puissants  et faibles, patrons et travailleurs, enfin, entre victimes et bourreaux.  C’est pour cela que nous ne demanderons rien aux bourreaux. Nous  n’attendons rien de leur parodie de Justice, ni des larmes de crocodile  des bureaucrates qui ont conduit Sabino à la mort. Comme hier,  aujourd’hui et demain, nous continuerons à être mobilisés avec tous ceux  qui luttent dans le pays contre le pouvoir, jusqu’au jour où le sang  des nôtres pourra être revendiqué publiquement.
 Journal El Libertario, 4 mars 2013

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